Pierre Mauroy condamné pour abus de confiance à Lille

JUSTICE «Un avertissement très sérieux aux hommes politiques et une victoire du contribuable», selon le plaignant...

Gilles Durand et Olivier Aballain (à Lille)

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L'ancien Premier ministre, Pierre Mauroy, devant le TGI de Lille, le 4 février 2011.
L'ancien Premier ministre, Pierre Mauroy, devant le TGI de Lille, le 4 février 2011. — M.LIBERT/20 MINUTES

Une sanction à retardement. Pierre Mauroy a été condamné vendredi pour abus de confiance dans l’affaire de l'emploi fictif à la communauté urbaine de Lille (LMCU) de Lyne Cohen-Solal, actuelle adjointe socialiste du maire de Paris. L’ancien Premier ministre socialiste était poursuivi pour des faits datant de 1992.

A l’époque, Lyne Cohen-Solal, fidèle collaboratrice de Pierre Mauroy, avait été embauchée comme attachée de presse à la communauté urbaine de Lille, présidée à l’époque par le même Pierre Mauroy.  Or, elle occupait en même temps le poste de rédactrice en chef d’un hebdomadaire socialiste, à Paris.

Une incongruité que relevait, en octobre 2000, la Chambre régionale des comptes et qu’a sanctionnée le tribunal de Lille, considérant cette situation comme un «mélange des genres». Les juges ont également estimé que la communauté urbaine «a versé des salaires qui n’ont pas reçu de réels contreparties». En clair, aucune trace significative du travail d’attaché de presse de Lyne Cohen-Solal n’a été retrouvée.

«Il n’y avait pas de sommes énormes en jeu»

Après de nombreux rebondissements judiciaires, Pierre Mauroy et Lyne Cohen-Solal ont donc été condamnés solidairement  à 20.000 euros d’amende avec sursis et l’ancien directeur de cabinet, Bernard Masset à 10.000 euros avec sursis. Tous trois sont également obligés de rembourser 19.654 euros à la communauté urbaine de Lille au titre des salaires indûment perçus pour le poste d’attaché de presse. «Il n’y avait pas de sommes énormes en jeu, mais cette sanction est un avertissement sérieux à tous les hommes politiques», souligne Eric Darques, ancien élu UMP de Lambersart qui avait porté plainte en 2000. «C’est surtout la victoire du contribuable», précise son avocate, Me Sylvie Vanengelandt.

De son côté, Lyne Cohen-Solal dénonce vigoureusement la décision. «Je trouve ça ridicule. C’est quasiment incompréhensible, nous nous sommes expliqués devant les juges, nous n’avons pas été entendus», lance-t-elle. Pierre Mauroy  préfère évoquer «l’audace et le risque qu’il a fallu prendre pour réussir la métamorphose de la communauté urbaine». D’après lui, la présence deLlyne Cohen-Solal a été primordiale auprès des médias parisiens. «J’ai cru, de bonne foi, que son poste était indispensable.». Leur avocat Me jacky Durand n’excluait pas la possibilité de faire appel.