Laëtitia: Les magistrats appelés à suspendre toutes les audiences jusqu'au 10 février

JUSTICE En réaction aux propos de Nicolas Sarkozy...

C. F.

— 

Une avocate le 4 février 2011 au Palais de Justice de Nantes.
Une avocate le 4 février 2011 au Palais de Justice de Nantes. — AFP PHOTO / JEAN SEBASTIEN EVRARD

Ils ne digèrent pas. Les magistrats sont en colère après les propos de Nicolas Sarkozy dans l’affaire Laëtitia. Le chef de l’Etat a répété jeudi que le fait d’avoir laissé sortir de prison Tony Meilhon, le suspect numéro 1, sans suivi particulier était une «faute» et que les responsables seraient sanctionnés

Les magistrats sont ainsi appelés ce vendredi par une quinzaine de syndicats - dont l'USM, majoritaire - à une grève nationale des audiences jusqu'au 10 février, date d'une journée d'action nationale, où des rassemblements seraient organisés partout, avec un point d'orgue à Nantes.

«Inflation législative et indigence budgétaire»

C'est le tribunal de cette ville qui a commencé le mouvement de grève dès jeudi et qui a été immédiatement suivi, selon les syndicats, par Bayonne, Créteil, des juridictions d'outre-mer et de petits tribunaux normands.

Une quinzaine de syndicats du monde judiciaire et de l'administration pénitentiaire appelle donc à la généralisation de ce mouvement. «Nous n'accepterons pas que des agents soient sanctionnés, alors qu'ils sont les premiers à devoir subir les conséquences d'une inflation législative conjuguée à une indigence budgétaire», écrivent-ils dans une déclaration commune.

A Nantes, 17 agents pour 3.300 détenus

Sur le dossier Tony Meilhon, les syndicats nient toute faute. Le suspect avait purgé durant onze ans toutes ses peines, sans réduction, et il n'était en théorie astreint, dans le cadre d'une dernière condamnation pour outrage à magistrat, qu'à une «mise à l'épreuve».

Malgré une ancienne condamnation pour viol d'un codétenu, il n'était pas considéré comme dangereux. Son suivi léger - obligation de rechercher un emploi et de voir un médecin - n'a pas été appliqué faute d'effectifs, dans le cadre d'accords écrits validés par la hiérarchie judiciaire et administrative, disent les syndicats, preuves à l'appui.

Il n'y a que trois juges d'application des peines à Nantes et 17 agents de probation pour suivre 3.300 détenus, ce qui a amené la probation à laisser de côté plus de 800 dossiers.

Le PS soutient le mouvement

Le Parti socialiste français soutiendra le mouvement du monde judiciaire et entend proposer pour la présidentielle la remise à niveau financière du système judiciaire, a dit à Reuters Marie-Pierre de la Gontrie, secrétaire nationale chargée des questions de justice.

«Nicolas Sarkozy cherche à se défausser de sa responsabilité en cherchant un bouc émissaire. Il ne cherche déjà plus à agir, il est déjà en campagne», a-t-elle réagi.