L'affaire Boulin: trente ans de doutes

JUSTICE Retour sur un dossier qui pourrait être bientôt rouvert...

Julien Ménielle

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Le corps de Robert Boulin, le 30 octobre 1979.
Le corps de Robert Boulin, le 30 octobre 1979. — LAURENT XYZ/SIPA

L’affaire Boulin pourrait rebondir, plus de trente ans après les faits. La famille de l’ancien ministre veut faire rouvrir l’enquête après les révélations du gendarme qui a découvert le corps du ministre. Retour sur un dossier complexe, sur fond de pressions politiques.

C’est au petit matin, le 30 octobre 1979, que le corps du ministre du Travail de Raymond Barre, Robert Boulin, est retrouvé en forêt de Rambouillet, gisant dans 50 cm d’eau. Ce premier ministrable en puissance, mis en cause dans un scandale immobilier, a mis fin à ses jours, conclut l’enquête.

Menacé

Plusieurs médias lui  reprochent à l’époque d’avoir acquis illégalement à Ramatuelle un terrain pour y construire sa résidence secondaire. «J'ai l'âme et la conscience tranquilles et j'ai été exemplaire. Peut-être encore plus que vous ne le pensez, parce qu'il y a des choses que je ne peux pas dire ici», affirmait encore quelques jours avant sa mort Robert Boulin sur Europe 1.

Le ministre n’a en revanche pas que des amis parmi les politiques. A commencer par Jacques Chirac, qui vient de fonder le RPR et lorgne sur la présidence en 1981. Des témoins affirment que les hommes du Service d’action civique (SAC) dirigé par Charles Pasqua ont menacé le ministre, dans des courriers et physiquement.

Des marques sur le visage

«La vérité, c'est qu'il avait vu des choses qu'il n'aurait pas dû voir... En particulier un dossier de fausses factures», assure aujourd'hui Laetitia Sanguinetti, dont le père était un des fondateurs du SAC et proche de Boulin. Emanant de politiques, policiers, gendarmes ou témoins, de nombreuses voix affirment qu’il s’agit d’un assassinat.

Une riveraine de la forêt de Rambouillet se souvient avoir pensé «ce type est poursuivi», en voyant une voiture débouler sur le chemin jouxtant sa maison, la veille du drame en fin d’après-midi. Des marques sur le visage de Robert Boulin entretiennent aussi le doute, de même que l’heure de la découverte du corps. Des proches du ministre affirment avoir été prévenus par un coup de téléphone de la mort de Robert Boulin dès le 29 octobre, à 20h.

Non-lieu

Au plus haut sommet de l’Etat, l’annonce de la mort de Robert Boulin aurait été faite entre 1h30 et 3h du matin. Ce n’est pourtant qu’après 8h que les gendarmes envoyés à la recherche d’«une haute personnalité susceptible de mettre fin à ses jours» découvriront le corps de Robert Boulin. Un délai trop long pour sa famille, qui dépose en 1983 une plainte pour «homicide volontaire». La justice conclura à un non-lieu en 1992.

Quinze ans plus tard, Fabienne Boulin-Burgeat  voit sa demande d’information judiciaire refusée par le Procureur général de la Cour d’appel de Paris, ex-conseiller de Jacques Chirac. Cette fois, à la lumière des nouveaux éléments révélés par 20minutes.fr, la fille du ministre y croit. «Robert Boulin n'est pas mort noyé, affirme le gendarme. Ce n'est pas possible. Il était quasiment à quatre pattes. La tête hors de l'eau. Ma conviction, c'est qu'il tentait de ramper jusqu'à la berge.»