Affaire Boulin: Trois décennies de controverses sur l'enquête

FRANCE La justice refuse toujours de rouvrir l'enquête...

Vincent Vantighem
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Fabienne Boulin-Burgeat, la fille de l'ancien ministre.
Fabienne Boulin-Burgeat, la fille de l'ancien ministre. — WITT / SIPA

« C'est sidérant ! Personne n'a jamais dit avec autant de force que mon père avait la tête hors de l'eau quand il a été découvert... » En trente et un ans de contre-enquêtes, Fabienne Boulin-Burgeat a entendu bon nombre de révélations sur la mort de son père. Le témoignage de Francis Deswarte (lire l'interview) ne fait qu'apporter un peu plus d'eau à son moulin.

Dans la salle à manger de son appartement cosy, les dossiers sur l'affaire s'accumulent. « Il est mort pour des raisons politiques », résume-t-elle devant sa tasse de thé.

« L'affaire de Ramatuelle »

Ministre du Travail de Raymond Barre, Robert Boulin est, en 1979, un gaulliste respecté. On envisage même de le nommer à Matignon quand survient « l'affaire de Ramatuelle ». A l'époque, plusieurs journaux assurent que le ministre aurait acquis illégalement un terrain dans le Var pour bâtir sa résidence secondaire.

Robert Boulin a beau démentir, la rumeur enfle. Le 30 octobre, il est retrouvé mort dans les cinquante centimètres d'eau que constitue l'étang du Rompu en pleine forêt de Rambouillet. L'enquête conclut rapidement au suicide.

«Des choses qu'il n'aurait pas dû voir»

« La vérité, c'est qu'il avait vu des choses qu'il n'aurait pas dû voir..., assure aujourd'hui Laetitia Sanguinetti, dont le père était proche de Boulin. En particulier un dossier de fausses factures. »

A l'époque, Jacques Chirac vient de fonder le RPR en vue de la présidentielle de 1981. Une initiative qui n'a pas plu à Robert Boulin : il avait choisi de prendre ses distances avec le futur candidat.

Aujourd'hui, sa fille pense qu'il en a payé le prix fort. Des traces de coups au visage à l'autopsie incomplète, de nombreuses révélations sont venues remettre en cause la thèse du suicide. Mais la justice a rendu une ordonnance de non-lieu en 1992. Et depuis, elle refuse de rouvrir l'enquête.

Scellés disparus

L'été dernier, le procureur général de la cour d'appel de Paris a averti Fabienne Boulin que des scellés concernant la mort de son père avaient disparu. Notamment des lettres, des timbres et des enveloppes que Fabienne Boulin voulait soumettre à une analyse ADN. Etrangement, ces scellés ont refait surface un mois plus tard. L'Inspection générale des services judiciaires (IGSJ) a enquêté sur cette disparition.Mardi, la Chancellerie a écrit à Fabienne Boulin pour lui annoncé qu'elle allait lui remettre le rapport d'enquête de l'IGSJ « d'ici à quelques jours ».