Photo d'immeubles prise le 19 avril 2006 dans le 13e arrondissement de Paris.
Photo d'immeubles prise le 19 avril 2006 dans le 13e arrondissement de Paris. — AFP PHOTO/JOEL SAGET

IMMOBILIER

Pour la Fondation Abbé Pierre, la politique du logement est «inégalitaire»

S'acheter un toit peut se révéler risqué selon le dernier rapport de l'association...

«Une France de propriétaires, oui, mais qui en a les moyens?» Tel est en substance le message de la Fondation Abbé Pierre, qui dénonce dans son rapport annuel publié ce mardi le caractère «inégalitaire» de l'actuelle politique du logement.

Dans un contexte de crise marqué par une montée de la précarité et la multiplication par deux des prix de l'immobilier en dix ans, inciter les Français à s'acheter un toit peut se révéler risqué, estime l'organisation.

Une politique du «tout accession» discutable

«La politique du "tout accession" apparaît des plus discutables car soumise aux mécanismes spéculatifs des marchés, inadaptée aux budgets des ménages modestes et peu compatible avec la réalité de l'accession à la propriété», peut-on lire dans le 16e rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre.

Exemple donné d'une «politique budgétaire et financière qui prolonge les inégalités»: le nouveau prêt à taux zéro (PTZ+) proposé sans conditions de ressources, dont le gouvernement espère qu'il contribuera à faire passer le taux de propriétaires en France de 58% à 70%, la moyenne européenne.

«Un choix dogmatique qui touche à nos impôts»

«Permettre aux 20% de Français les plus riches d'accéder à ce prêt va coûter 480 millions d'euros à l'Etat», a déploré Patrick Doutreligne, délégué général de la Fondation. «C'est un choix dogmatique qui touche à nos impôts», a-t-il ajouté. Sont aussi mises en avant les questions de surendettement, de clivages sociaux et d'environnement, à l'heure où la flambée des prix pousse de nombreux nouveaux propriétaires à se loger loin des centres-villes.

La Fondation dénonce par ailleurs les mesures favorisant les expulsions contenues dans la Loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure, dite «Loppsi II», qui menace les plus modestes, parfois contraints de vivre dans des tentes, des caves ou des squats.

Le logement, priorité pour 2012

Pour les héritiers de l'abbé Pierre, le logement, qui engloutit en moyenne plus d'un quart des revenus de chaque Français, doit être la priorité des candidats à l'élection présidentielle de 2012, qui se verront soumettre une charte préparée pour l'occasion. «On veut que les candidats et les partis politiques prennent le logement à la juste mesure des besoins des Français», dit Patrick Doutreligne.

«Il manque 900.000 logements en France, il manque des places d'hébergement, et face à ces difficultés on a l'impression qu'on laisse faire le marché», indique-t-il. «ll faut une intervention publique forte qui soit orientée principalement vers les plus modestes et les catégories moyennes, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui», ajoute-t-il.

Le seuil de la pauvreté s’accroît

L'urgence est d'autant plus grande que le nombre de Français au seuil de la pauvreté s'accroît en même temps que les inégalités: 10% des ménages les plus riches possèdent 46% du patrimoine, alors que les 50% les plus modestes se partagent 7%.

Au chapitre des propositions, l'organisation suggère de construire 500.000 nouveaux logements par an pour résorber le retard, la création d'une loi foncière et d'une loi de programmation sur cinq ans, une réforme de la fiscalité plus égalitaire et des mesures encourageant la mixité sociale. Elle juge utile d'obliger les communes de plus de 3.500 habitants à construire 25% de logements sociaux, contre 20% aujourd'hui.

10 millions de mal-logés en France

Près de dix millions de Français sont touchés par la crise du logement, selon le rapport 2011 de la Fondation Abbé Pierre. Parmi les 685.000 personnes privées de domicile personnel, 133.000 sont considérées comme sans domicile, 38.000 vivent dans des chambres d'hôtel et 85.000 dans des habitations de fortune: cabane, construction provisoire, personnes vivant à l'année dans un camping ou en mobil-home.

On évalue à 2,78 millions le nombre de personnes «vivant dans des conditions de logement très difficiles», à 3,2 million celui de celles en situation de surpeuplement, dit la Fondation Abbé Pierre dont le rapport est basé en partie sur des chiffres de l'Institut national de la statistique (Insee).

En hausse constante, le nombre de locataires en situation d'impayés représente 494.800 ménages, soit 1,2 million de personnes. Le nombre de personnes en attente de logement social était l'an dernier de 1,2 million. Le nombre de gens du voyage qui ne peuvent accéder à une place dans les aires d'accueil aménagées est estimé à plus de 86.000.