Quand des cadres de La Défense coachent des jeunes en difficulté de Nanterre

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Depuis 2007, des cadres du quartier d'affaires de La Défense coachent des jeunes de Nanterre en difficulté, sous l'égide de l'association de parrainage Proxité, qui s'est fixé pour mission de lutter contre l'"hécatombe" scolaire dans les cités.

Créée en 2002 en Seine-Saint-Denis, Proxité est née de la volonté d'un avocat parisien de 36 ans, Félix de Belloy, de "faire quelque chose pour les cités".

"J'étais impliqué dans une association à Saint-Denis et j'ai pris conscience de l'hécatombe dans les collèges: les jeunes étaient mal orientés, dans des filières qui ne les intéressaient pas, alors qu'il aurait fallu qu'ils aient un tuteur qui les accompagne pour éviter la catastrophe", raconte-t-il.

Prenant d'abord la forme d'une association de soutien scolaire, Proxité propose aussi depuis 5 ans un parrainage vers l'emploi, un soutien "de plus en plus demandé", explique Laure Dethomas, directrice adjointe de l'association.

"Beaucoup de jeunes sont déscolarisés, en recherche de formation ou sont en grand questionnement sur leur orientation", décrit-elle.

Titulaire d'un master 2 d'informatique, Serge Kaam, 35 ans, un des plus âgés, était en recherche d'emploi depuis un an quand il a poussé la porte de l'association.

"J'étais complètement désespéré", confie cet habitant du quartier du Parc, à Nanterre.

Parrainé depuis un an par Didier (qui souhaite rester anonyme), il lui rend visite très régulièrement, dans son entreprise. "La première fois que j'y suis allé, je me suis dit +whaou, je suis dans une tour de la Défense!", se rappelle-t-il en souriant.

"La Défense, c'est à quelques pas de mon quartier mais pour nous, c'est inaccessible", ajoute-t-il d'une voix calme.

"La grande difficulté de ces jeunes, c'est qu'ils n'ont pas d'échanges avec des décideurs. Ils ont une vision du travail complètement théorique", analyse son parrain, qui l'a aidé à refaire son CV, sa lettre de motivation, et à "dédramatiser la situation d'entretien d'embauche".

Au bout de quelques mois, Serge Kaam a "retrouvé la confiance" et décroché un CDD de téléconseiller qui l'a "remis sur les rails".

Issu du même quartier, Bilel Majri, 18 ans, est suivi depuis 3 ans et a eu trois parrains successifs, dont un trader dans une grande banque française. "Je ne l'aurais jamais croisé sans l'association", remarque-t-il.

"Il m'aidait à préparer le bac et je lui posais aussi beaucoup de questions sur son travail. Au début, je pensais faire un DUT et un BTS et il m'a poussé à aller plus loin", raconte le jeune homme, chemise blanche et gilet noir. Il a finalement tenté le concours d'une école de commerce, qu'il a réussi.

"Proxité, ça a été un gros coup de pouce. Ca m'a apporté des contacts que je n'avais pas", constate-t-il avec gratitude.

A Nanterre, 78 jeunes ont été suivis par l'association en 2010, dont une vingtaine bénéficient d'un accompagnement vers l'emploi. Environ 10% des jeunes ont "décroché".

"Plus le jeune est loin de l'emploi, plus le risque est grand qu'il ne tienne pas", commente Laure Dethomas, qui précise que les parrains s'engagent pour un minimum d'un an.

Proxité a soutenu près de 400 jeunes depuis 2002.

"Quand les jeunes obtiennent le bac, c'est une victoire. Quand ils sèchent l'école, qu'ils sont en crise avec leur famille mais qu'ils continuent à venir chaque semaine à Proxité, c'est aussi une victoire et là, on essaie de ne pas les lâcher", dit Félix de Belloy.