A Berlin, un Rom rescapé de l'Holocauste fustige la France et l'Italie

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Un Rom rescapé de l'Holocauste a fustigé jeudi au parlement allemand la situation "indigne" des Roms dans certains pays d'Europe dont la France, alors que sa communauté était pour la première fois à l'honneur de la journée des victimes du nazisme.

"Les Sintis et les Roms sont traités de manière indigne, en particulier dans bien des pays d'Europe de l'Est comme la Roumanie ou la Bulgarie", a lancé le Néerlandais Zoni Weisz, 73 ans, dont la famille a été décimée par les nazis.

"Dans certains pays d'Europe de l'Ouest comme l'Italie et la France" - qui "appartiennent pourtant à la communauté européenne" - "nous sommes victimes de discriminations, exclus et nous vivons dans des conditions indignes dans des ghettos", a déploré cet ancien fleuriste de la cour royale des Pays-Bas.

"Dans certains restaurants réapparaissent des pancartes +Interdit aux Tziganes+. L'Histoire se répète", a-t-il dit devant les visages graves de la chancelière Angela Merkel et des députés.

Sans citer de pays particulier, le président du Bundestag Norbert Lammert, membre de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) de Mme Merkel, a jugé que "jusqu'à ce jour, la plus grande minorité d'Europe", qui compte entre 10 et 12 millions membres, était "la plus discriminée".

M. Weisz a appelé à continuer d'"interpeller" les gouvernements concernés et s'est félicité que la vice-présidente de la Commission européenne Viviane Reding ait dénoncé le sort des Roms en France notamment, où se sont multipliées l'an dernier les expulsions vers la Roumanie et la Bulgarie.

Les députés, debout, l'ont longuement applaudi.

Des sanglots dans la voix, Zoni Weisz a relaté le destin de sa propre famille, déportée quand il avait 7 ans. "Mon père avait accroché le manteau bleu de ma soeur aux barreaux du wagon à bétail" a dit le Néerlandais resté sur le quai de la gare et qu'un policier aida à s'enfuir.

"L'Holocauste oublié" a constitué en l'extermination sous le IIIe Reich de 220.000 à 500.000 Roms en Europe selon les historiens, sur une communauté d'alors un million de membres.

C'était la première fois qu'un Rom tenait un discours au Bundestag en cette journée de commémoration, instaurée en 1996 en Allemagne, au jour-anniversaire de la libération d'Auschwitz par l'Armée rouge (27 janvier 1945).

Le Conseil central des Sintis et des Roms d'Allemagne a salué la démarche. En 2010, le président israélien Shimon Pérès était invité d'honnneur.

Des commémorations étaient aussi prévues dans plusieurs anciens camps de concentration.

Jugés "racialement inférieurs" par les nazis, les Roms ont été systématiquement persécutés, confinés dans des ghettos, des camps spéciaux, déportés ou tués sur-le-champ. Dans certains camps comme Auschwitz ou Ravensbrück, ils ont servi de cobayes pour des expériences médicales.

Mais la RFA n'a reconnu officiellement qu'en 1982 ce génocide-là, avec un geste du chancelier Helmut Schmidt.

Une rue et un gymnase devaient aussi être inaugurés à Berlin portant les noms de Roms tués par les nazis: la rue "Ede et Unku", allusion à un livre évoquant l'histoire d'une Sinti morte à Auschwitz, et le gymnase "Johann Trollmann", du nom d'un champion de boxe déchu et assassiné par les nazis.

Environ 70.000 Roms ont le passeport allemand, auxquels s'ajoutent plusieurs dizaines de milliers d'autres réfugiés venus de Bosnie ou du Kosovo, selon le Conseil central des Roms en Allemagne.