La Malaisie en panne de domestiques

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Le ménage, les repas ou les soins des enfants sont devenus un calvaire pour des dizaines de milliers de foyers malaisiens privés de domestiques d'origine étrangère après une série de scandales d'abus et de mauvais traitements.

La Malaisie, l'un des pays les plus riches d'Asie du Sud-Est, fait travailler traditionnellement deux millions de travailleurs étrangers, en grande majorité indonésiens, dans ses plantations, ses usines ou ses familles.

Mais à la suite d'une série d'affaires choquantes, l'Indonésie a décidé en juin 2009 d'interdire le départ de nouveaux domestiques.

"La situation est devenue très difficile sans + bonne +", témoigne Maz, une mère de trois enfants âgés de un à cinq ans domiciliée à Kuala Lumpur.

La jeune femme employait deux domestiques indonésiennes mais lorsque la dernière est partie en septembre 2010, à l'expiration de son contrat de deux ans, elle n'a trouvé personne pour la remplacer "en raison de la pénurie".

"Comme je dois m'occuper des tâches ménagères après le travail, j'ai beaucoup moins de temps à consacrer à mes enfants. C'est pourquoi j'envisage de quitter mon emploi", explique-t-elle.

Maz sait qu'elle a peu de chances de retrouver rapidement une nouvelle femme de ménage étrangère car leur nombre a chuté de 300.000 avant la suspension à 170.000 aujourd'hui. 35.000 familles malaisiennes en rechercheraient, selon l'Association des agences de placement de domestiques étrangères.

Ces agences essaient d'attirer davantage de candidates des Philippines ou du Cambodge, mais sans parvenir à "combler le déficit", selon son vice-président Foo Yong Hooi.

Le problème est d'autant plus aigü que la Malaisie possède peu de structures d'accueil pour les enfants comme pour les personnes âgées, qui restent traditionnellement à la maison, aux bons soins d'une aide domestique.

Seul un changement de mentalité de la part des Malaisiens permettra de résoudre le problème, estiment des associations de défense des travailleurs migrants.

"La pénurie est liée à la façon dont nous traitons nos domestiques, parfois réduits à l'esclavage", juge Irene Fernandez, de Tenaganita, l'une de ces associations. "Nous devons être prêts à verser des salaires décents et à protéger leurs droits", ajoute-t-elle.

La Malaisie a accepté d'accorder un jour de repos par semaine aux domestiques indonésiennes et à les autoriser à conserver leur passeport, jusqu'à présent fréquemment confisqué par l'employeur.

Mais les négociations butent sur la demande indonésienne d'un salaire minimum mensuel de 800 ringgit (260 dollars) alors que de nombreuses employées de maison n'en gagnent que 400. Soit nettement moins que dans les pays du Golfe ou à Hong Kong, où la rémunération des domestiques, essentiellement philippines, commence à 460 dollars par mois.

Pour éviter de nouveaux scandales, la justice malaisienne se montre de plus en plus sévère avec les employeurs violents. Un commerçant de 36 ans a ainsi été condamné en 2010 à la peine de mort après le décès de sa domestique indonésienne, découverte attachée et le corps couvert de traces de coups.