Mariage homosexuel: le combat de Corinne et Sophie pour leurs enfants

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"Comme n'importe quel autre couple, nous voulons pouvoir donner une sécurité juridique à nos enfants" : pour Corinne et Sophie qui vivent ensemble depuis 15 ans et élèvent leurs quatre enfants près de Reims, il est temps de légaliser le mariage homosexuel.

"Le pacs n'est pas adapté aux questions spécifiques des familles", explique Corinne Cestino, 50 ans, médecin pédiatre installée dans la Marne depuis 1997. Pour elle, "seul le mariage garantit le partage de l'autorité parentale, l'égalité des droits de succession et la garde des enfants pour la survivante en cas de décès".

"Et puis le mariage, c'est la consécration d'un amour, c'est aussi ce droit que nous réclamons", renchérit Sophie Hasslauer, artiste plasticienne de dix ans sa cadette.

Quand les deux femmes se sont rencontrées il y a 16 ans à Marseille, Sophie était mère d'une petite Emilie, aujourd'hui lycéenne à Reims. "Après quelques années de vie commune, le désir d'enfant s'est imposé, nous voulions toutes deux une famille plus grande", confie Corinne, les yeux riant sous ses lunettes rondes.

Se pose alors la question de la méthode pour réaliser ce voeu.

"Pour adopter, il aurait fallu mentir et se faire passer pour des mères célibataires, c'était hors de question", affirme Sophie.

"Notre couple est stérile, mais pas nous, on avait simplement besoin d'une assistance médicale pour être enceintes et fonder la famille que nous souhaitions", souligne la jeune femme : "la seule solution cohérente et honnête c'était l'insémination en Belgique où cela est légal".

En 2001, Sophie donne naissance à des jumeaux, Virgile et Anatole. Quatre ans plus tard Corinne ajoute un petit Merlin à la famille qui s'est établie dans un ancien corps de ferme au coeur de Val-de-Vesle, village de quelque 600 habitants, à quelques kilomètres de la cité des sacres.

Quelques mois avant la naissance des jumeaux, le couple se pacse, mais la grossesse compliquée de Sophie leur fait appréhender les limites juridiques du pacte civil de solidarité.

"Sophie avait fait un testament pour nous léguer ses biens et demander que la garde des enfants me soit confiée, mais cela n'a pas de valeur légale. C'est là que l'idée du mariage s'est imposée", raconte la pédiatre.

S'ensuit une série de procédures judiciaires, qui, du procureur de la République jusqu'au juge des affaires familiales, se soldent toutes par un refus.

En mai 2010, elles déposent auprès du tribunal de grande instance de Reims une question prioritaire de constitutionnalité. Saisi en novembre par la Cour de cassation, le Conseil Constitutionnel rend sa décision vendredi.

"On ne se fait pas trop d'illusion sur la décision des Sages, mais notre question et sa médiatisation font avancer le débat", souligne Sophie.

Selon les deux mères, "l'homosexualité ne choque plus grand monde" et il est temps pour la société de donner des droits égaux à tous les couples.

"Nous ressentons de toutes parts un certaine bienveillance pour notre combat", affirment-elles, tout en reconnaissant que la même démarche suivie par deux hommes aurait un "écho plus compliqué".

"Ici dans notre village de 700 habitants, on n'a jamais vraiment ressenti de problème d'intégration", remarque Corinne. "Les gens ont bien vu que nos enfants n'étaient pas différents des autres", ajoute sa compagne.

"Si la loi permet le mariage homosexuel, nous l'appliquerons sans aucune difficulté", a fait savoir un élu de leur commune.