Jean-Luc Romero sur l'euthanasie: «Il se développe une mort à 2 vitesses»

INTERVIEW Un amendement a vidé de sa substance une proposition de loi sur le sujet. Le président de l'association pour le droit à mourir dans la dignité réagit...

Propos recueillis par Julien Ménielle
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Jean-Luc Romero, conseiller régional, le 7 octobre 2010.
Jean-Luc Romero, conseiller régional, le 7 octobre 2010. — CAPMAN / SIPA

La proposition de loi visant à légaliser l’euthanasie a été vidée de sa substance par l’adoption, en commission, d’un amendement supprimant l’article 1 du texte, avant même son examen, qui doit débuter ce mardi soir au Sénat. Jean-Luc Romero, président de l'association pour le droit à mourir dans la dignité, a répondu aux questions de 20minutes.fr.

Le débat est mort avant même d’avoir débuté, votre réaction?
C’est quand même fou de constater que l’Etat a mis tout son poids, tout son pouvoir, pour influencer le débat. Même l’AP-HP (les hôpitaux de Paris), où je suis patient depuis des années et dont ce n’est pourtant pas le rôle, a envoyé des mails pour appeler à se mobiliser contre ce texte. Dans ces conditions, on ne peut pas parler de débat de conscience. D’autant que finalement, l’examen aura lieu en pleine nuit au Sénat.

Pensiez-vous vraiment que la loi pouvait évoluer?
Les Français sont, depuis des années, très largement favorables à l’évolution de la loi sur cette question. Mais l’exécutif a peur des Français, et résiste tant qu’il peut et par tous les moyens contre la légalisation. Sur cette question de société, comme sur d’autres, la France est à la traine. Le pouvoir politique est en décalage par rapports aux préoccupations des Français, mais ces questions seront au cœur des débats pour 2012.

Les opposants à l’euthanasie proposent un développement des soins palliatifs comme alternative...
Mais ce n’est pas l’un ou l’autre! En Belgique, au Pays Bas, en Suisse, où l’euthanasie ou le suicide assisté sont légaux, les soins palliatifs sont très développés. Ils fonctionnent même mieux que chez nous, où seulement 20% des gens qui en auraient besoin y ont accès. On nous vante d’ailleurs la loi Leonetti, qui serait formidable mais mal appliquée. Mais que font-ils alors, depuis six ans, pour la faire connaître? Résultat: il se développe une mort à 2 vitesses. Certains médecins acceptent de pratiquer l’euthanasie, mais dans l’illégalité, les autres non.

Le fait que ce débat soit un impossible débat est donc une volonté purement politique?
Pas seulement. On essaie de nous enfermer dans un débat purement médical, alors que c’est une question de société. Sur ce point, deux grandes catégories de personnes ont une énorme influence: les médecins, mandarins et bien souvent députés, qui conservent une sorte de toute puissance sur la vie des patients, et les responsables religieux, qui influencent lourdement un certain nombre de parlementaires. La paroisse Ste Clotilde, aussi surnommée «petit Vatican», a un pouvoir énorme.

>> L'état des lieux de l'euthanasie en France, c'est par ici.