Brimades au lycée militaire de Brest: la Marine veut éradiquer certaines "traditions"

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En décidant d'exclure samedi 12 élèves du lycée naval de Brest, la Marine a voulu afficher clairement son rejet de "traditions" revendiquées par certains élèves de lycées militaires, faites de brimades, d'incivilités voire de bizutages.

Officiellement, il y a eu des "manquements au règlement intérieur" et un ou plusieurs élèves ont subi des "brimades" et des "incivilités", selon la Marine, peu diserte sur les pratiques en cause, et sur les reproches faits aux élèves exclus.

Il s'agit de mettre un terme, "en toute transparence", à des "comportements inacceptables" découverts en même temps qu'une "organisation secrète" de lycéens lors d'une enquête menée au sein de l'établissement, a indiqué le commandant de l'arrondissement maritime, l'amiral Anne-François de Saint-Salvy.

Ces pratiques ont été orchestrées par une structure de lycéens calquée sur celle de leurs aînés des classes préparatoires, le "bureau des traditions", selon d'anciens élèves.

"Tout le monde est au courant, mais personne ne dit rien", affirme Nicolas Bara, un ancien encadrant militaire au lycée aujourd'hui administrateur du site Miliaires et citoyens affilié à l'Association de défense des droits des militaires (Adefdromil).

"La Marine tente de modérer les faits. C'est de bonne guerre mais la décision du conseil de discipline (du lycée naval, ndlr) et la réaction de la Marine, très forte, montrent que le faits sont graves", explique de son côté Me Thierry Fillion, l'avocat du père d'un lycéen en classe de seconde qui a porté plainte contre ces "traditions".

Le parent d'élève a saisi le parquet de Brest début janvier notamment pour "bizutage" et "violences volontaires en réunion" sur son fils âgé de 15 ans qui a été retiré de l'établissement au même moment.

Son avocat a évoqué "des réveils la nuit pour faire des séries de pompes, des brimades, des humiliations, des SMS menaçants, et des références récurrentes aux SS et au troisième Reich".

"J'ai vu mon garçon changé, abattu. Il n'avait plus envie de travailler, il n'était plus motivé", explique le parent d'élève en évoquant les énormes difficultés, malgré son excellent niveau, rencontrées par son fils au lycée naval depuis plusieurs semaines.

Pour lui, l'adolescent, boursier, était la "tête de turc d'un petit groupe d'élèves de première et de terminale" parce qu'il n'envisageait pas de faire comme de nombreux autres lycéens, une "carrière militaire mais dans la marine marchande".

Dans le même temps, il ne se dit pas opposé comme d'autres parents d'élèves militaires, à une "intégration". "Une fois seulement. Mais pour lui (son fils, ndlr), ça a continué parce qu'il refusait de se soumettre", déclare-t-il.

Selon son avocat, "ce n'est pas la première année que des événements de ce genre" se produisent au sein de l'établissement. Une précédente plainte déposée il y a quelques années devant le parquet de Brest pour des faits de bizutage avait été classée sans suite.

Pour l'instant, le procureur refuse de s'exprimer sur cette nouvelle affaire et sur l'enquête menée par la gendarmerie maritime.

En avril 2010, 37 internes avaient été exclus temporairement après une bataille de polochons également interdite par le règlement du CIN.

Dans un autre établissement militaire de la Sarthe, trois lycéens mineurs du Prytanée national militaire de La Flèche ont été mis en examen jeudi pour "viol en réunion" d'un élève de l'établissement le 11 janvier.