Shoah: Pepy exprime «les regrets de la SNCF»

HISTOIRE C'est l'ancienne gare de Bobigny que sont partis 22.000 juifs vers les camps d'extermination...

E.O. avec Reuters
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Simone Veil et Guillaume Pepy, le 25 janvier 2011 à Bobigny, où le président de la SNCF a reconnu le rôle de sa compagnie dans la déportation des juifs.
Simone Veil et Guillaume Pepy, le 25 janvier 2011 à Bobigny, où le président de la SNCF a reconnu le rôle de sa compagnie dans la déportation des juifs. — B.HORVAT / AFP

Près de 70 ans après la fin de la Seconde guerre mondiale, la SNCF fait acte de repentance. Guillaume Pepy, son président, a exprimé ce mardi les regrets de la compagnie française pour son rôle dans la déportation de juifs vers les camps d'extermination nazis.

«La SNCF a été un rouage de la machine nazie d’extermination», a-t-il déclaré lors d'une cérémonie à Bobigny (Seine-Saint-Denis). «Je veux dire aujourd'hui la profonde douleur et les regrets de la SNCF pour les conséquences des actes de la SNCF de l'époque. Je m'incline devant les victimes, les survivants, les enfants de déportés et devant la souffrance qui vit encore», a-t-il ajouté.

Des excuses imposées par les Américains?

La cérémonie s’est notamment déroulée en présence de Simone Veil, présidente d'honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah et elle-même rescapée des camps nazis. La commémoration était destinée à entériner le protocole entre la municipalité de Bobigny et la SNCF pour transformer en «lieu de mémoire» l'ancienne gare de marchandise de la ville, d'où la plupart des 22.407 internés de Drancy furent envoyés vers les camps de la mort.

Des familles de rescapés aux Etats-Unis et des élus ont sommé la SNCF, candidate à des marchés de ligne à grande vitesse en Floride et en Californie, de s'expliquer sur son rôle dans la déportation des juifs et, éventuellement, d'indemniser les descendants.
En novembre, le dirigeant de la SNCF avait rencontré à Fort Lauderdale des élus de l'Etat de Floride et des associations juives. Il avait alors déjà fait part du «souhait de la SNCF d'exprimer sa profonde peine et son regret pour les conséquences de ses actes “réalisés sous la contrainte” de la réquisition.» Cependant, Guillaume Pepy a affirmé que la transformation de l'ancienne gare de Bobigny en lieu de mémoire n'était pas «dictée par les circonstances» - la pression américaine - et que le travail de pédagogie avait débuté il y a plus de 20 ans.

La SNCF est «attaquée injustement», selon Klarsfeld

Guillaume Pepy a souligné que les chemins de fer de l'époque avaient agi «certes, sous la contrainte» mais qu'ils avaient bel et bien acheminé des déportés. «Regarder ce passé en face, le connaître, le comprendre, en perpétuer la mémoire, en tirer des leçons de vie, depuis une vingtaine d'années nous parcourons ce chemin», a-t-il dit.

Cependant, pour Serge Klarsfeld, président de l'association des filles et fils de déportés juifs de France, la SNCF est «attaquée injustement» car la déportation sur le plan ferroviaire «a été essentiellement un phénomène allemand».

La SNCF n'a jamais été condamnée pour le transport de déportés. Après plusieurs années de procédure, le Conseil d'Etat français a débouté en 2007 le député européen des Verts Alain Lipietz et sa famille, qui estimaient que la société nationale avait un rôle spécifique dans la déportation de ses parents.