Nancy: un demi-frère biologique ne peut donner un rein à sa soeur

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Une malade insuffisante rénale s'est vu refuser par l'agence de biomédecine du Nord-Est une greffe de son demi-frère biologique, car ce dernier n'a juridiquement aucun lien de parenté avec elle selon les lois bioéthiques, ont-ils expliqué lundi à l'AFP.

Martine Courrier, âgée de 59 ans, subit des dialyses trois fois par semaine depuis que sa maladie s'est déclarée il y a deux ans. Elle avait sollicité son demi-frère, Jean-Pierre Serrurier, pour une greffe de rein, ce qu'il avait accepté.

"Au regard de la loi, nous ne sommes pas frères et soeurs, on ne rentre pas dans les cases", a regretté celui-ci, estimant son choix de donner un rein "naturel".

Après avoir été déclaré "compatible" par les médecins, le donneur avait fait connaître son consentement "libre et éclairé" au président du tribunal de grande instance de Nancy. L'opération était prévue pour octobre 2010.

Mais, comme l'a relaté l'Est Républicain, Mme Courrier et M. Serrurier n'ont aucun lien de parenté selon l'état civil: leur père, qui a conçu M. Serrurier dans le cadre d'une relation extra-conjugale, n'a jamais reconnu ce dernier. Jean-Pierre Serrurier a finalement été reconnu à l'âge de 7 ans, par son beau-père, lorsque celui-ci s'est marié avec sa mère.

Le comité d'experts de l'agence de biomédecine a ainsi constaté l'absence de lien juridique entre Mme Courrier et son demi-frère, et n'a pas donné son autorisation pour le prélèvement. Cette décision, dont les textes ne requièrent pas qu'elle soit motivée, n'est pas susceptible d'appel.

L'attestation faite par le père biologique des deux enfants, où il assure être le concepteur, "n'a aucune valeur" aux yeux du comité, s'est insurgé M. Serrurier.

"Nous sommes apparemment les premiers mais la société a changé, demain il y aura beaucoup plus de demi-frères et soeurs, et on va les priver de ce don", a déploré M. Serrurier, décidé à "faire en sorte que cette loi soit revue et adaptée".

"Cela fait des années qu’on se bat et personne ne nous écoute", a déploré auprès de l'AFP Mme Courrier, qui en appelle au ministre de la Santé, Xavier Bertrand.

Son avocate, Nicoletta Tonti-Bernard, a introduit un recours hiérarchique auprès du ministre afin qu'il interprète de manière beaucoup plus étendue cette notion de frère et soeur.

Interrogée lundi sur France 2, Me Tonti-Bernard a proposé au ministre "dans ce cas particulier de considérer les frères et soeurs biologiques, ce qui permettrait sans faire modifier les textes à Mme Courrier de recevoir ce don d'organe".

"Nous ne lâchons pas, nous ne voulons avoir aucun regret et nous utiliserons toutes les voies de recours", a assuré M. Serrurier, pour qui le temps presse avant que l'état de sa soeur se dégrade.

En cas de refus du ministre, elle sera inscrite sur une liste d'attente en attente d'un greffon.