Manifestation des contractuels de la fonction publique: «L'Etat est un patron voyou»

TÉMOIGNAGES ntre lassitude et colère, des agents non titulaires ont défilé à Paris..

Propos recueillis par Enora Ollivier
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Manifestation des agents non titulaires de la fonction publique à Paris, le 20 janvier 2011.
Manifestation des agents non titulaires de la fonction publique à Paris, le 20 janvier 2011. — E.OLLIVIER/ 20minutes.fr

Environ 870.000 personnes travaillent pour l’Etat français tout en connaissant la précarité. «Je suis prêt à envisager la titularisation progressive des contractuels», avait pourtant déclaré Nicolas Sarkozy, le 25 janvier 2010. Ce jeudi, un an plus tard, des agents non titulaires de la fonction publique se sont rassemblés, dans plusieurs villes de France, pour constater que cette promesse n’avait pas encore été suivie d’effet. 20minutes.fr en a rencontré lors de la manifestation parisienne.

Jessy Coisnon, contractuelle auprès du Centre des monuments nationaux
«J’occupe un poste de surveillance et d’accueil à la Sainte-Chapelle, à Paris, depuis 2005. J’ai commencé par travailler pendant 10 mois… en signant coup sur coup 10 contrats d’un mois. C’est une situation très fréquente: on propose aux gens soit un contrat de trois ans mais à 70% - ce qui ne suffit pas à Paris, pour se payer un logement – soit un contrat de 10 mois suivi de 2 mois de pause forcée pour éventuellement  être réembauché ensuite mais au risque d’être muté.

Moi, je voudrais bien être titularisée, bien sûr, mais à quel prix? On me propose un poste de titulaire au Louvre mais si je le pourvois, je sais que je n’aurai pas de remplaçant.  Personne ne veut être titularisé à mon poste car les conditions de travail ne sont pas toujours faciles. Si je pars, j’ai peur que des vacataires se succèdent à ma place.

Me voilà donc précaire dans la culture après avoir été précaire dans l’éducation. Pendant 4 ans, j’ai effectué des CDD, en tant que prof d’espagnol dans des collèges et des lycées en Normandie. La dernière année, je n’ai pu travailler qu’une semaine, alors je suis partie.»

Pascale Gerardin, en CDI dans un organisme de formation
«Je travaille dans l’administration du Cram, un organisme de formation parisien, depuis 1992. J’ai été embauchée longtemps en CDD, avant d’obtenir un CDI, il y a trois ans. Cela fait presque 20 ans que j’occupe le même poste mais je ne suis toujours pas titularisée!
Cette différence de statut entre contractuels - CDD ou CDI - et titulaires est notable: nous n’avons pas de primes, pas le même salaire, pas les mêmes droits en termes de sécurité sociale.
Une de mes collègues a été contrainte de travailler en CDD à 70%. Il lui manquait alors seulement quelques heures pour pouvoir prétendre aux allocations chômage. Ce sont des contrats qui sont établis exprès pour qu’ils coûtent le moins cher à l’Etat.

Je voudrais que l’on me titularise en tenant compte de mon expérience. C’est pourquoi je ne passe pas de concours : si je le réussis, je vais être rétrogradée au niveau débutant malgré mes 20 ans d’ancienneté.»

Vincent Lombard, enseignant non titulaire
«Je suis prof de français depuis 9 ans, dans l’académie de Grenoble. J’ai dû fréquenter entre 12 et 15 établissements pendant cette période, j’ai enseigné à tous les niveaux, de la 6e à la terminale. J’ai même dû donner des cours d’histoire!

La précarité c’est un maquis. Moi, j’ai alterné CDD et vacations.  L’Etat est loin d’être un employeur modèle, c’est même un patron voyou. Un prof en vacation est payé à l’heure de présence devant les élèves : les préparations de cours, la rédaction des bulletins etc. ne sont pas rémunérés. Et la vacation n’offre pas le droit au chômage, ni aux congés payés, ni aux congés maladie. C’est une instabilité permanente.
Normalement, dans la fonction publique, on a un CDI au bout de six ans d’ancienneté. Sauf qu’il y a une obligation de continuité, alors c’est parfois la double peine.  J’ai été quelques mois au chômage car on ne m’a pas appelé pour faire un remplacement, bilan : Je n’ai pas obtenu de CDI.

En ce moment, je suis en CDD, jusqu’à la fin mars. Après, je n’en sais rien.
J’estime que je mérite d’être titularisé. Quand j’entends Nicolas Sarkozy parler de l’importance de la valeur travail, je me dis que c’est du vent.»