Laurent Wauquiez: «Notre identité chrétienne, on doit l'assumer»

INTERVIEW Le ministre des Affaires européennes réagit à l'émission d'un agenda recensant toutes les fêtes religieuses, sauf les chrétiennes, à destination des étudiants...

Propos recueillis par Armelle Le Goff

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L.BONAVENTURE / AFP

Un agenda édité par la Commission européenne a été envoyé aux établissements scolaires pour être distribué aux lycéens et étudiants européens. Celui-ci inclut toutes les fêtes religieuses, à l’exception des fêtes chrétiennes. Une situation qui a fait réagir Laurent Wauquiez, ministre chargé des Affaires européennes.

Que pensez-vous de cet agenda européen conçu pour promouvoir l’Europe et ses institutions auprès des lycéens, qui mentionne les fêtes hindoues, sikhes, musulmanes ou juives mais pas les fêtes chrétiennes?
Tout d’abord, je crois qu’il ne faut pas voir de la part du président de la Commission européenne José Manuel Barroso, une volonté délibérée de ne pas insérer dans cet agenda les fêtes chrétiennes. En revanche, ce qui me semble plus grave c’est que cela traduit un des enjeux de l’Europe: une volonté d’ouverture telle qu’elle pourrait nous faire oublier qui nous sommes. Dans cet agenda, on parle de Gandhi, de la découverte de la tomate au Pérou, mais pas de nos fêtes chrétiennes, qui s’inscrivent, certes, dans notre héritage religieux, mais aussi culturel. L’Europe, ce n’est pas juste une construction administrative, c’est aussi le produit d’une histoire et cette histoire, c’est celle de la Révolution de 1848, de la seconde Guerre mondiale, etc.

Pourquoi cette histoire, assez anecdotique, peut-elle être révélatrice d’enjeux plus graves?
C'est l’histoire d’une Europe qui  pense qu’il faut nier son identité pour s’ouvrir aux autres. Or, je pense, au contraire, qu’il faut assumer son histoire pour s’ouvrir aux autres. Une histoire refoulée c’est une histoire qui se venge et là cela peut être dangereux.

C’est particulièrement vrai aujourd’hui, où, en Europe occidentale, l’extrémisme ne semble pas très loin...
Précisément. L’extrémisme, la xénophobie, cela se nourrit du sentiment qu’on ne défend pas notre identité. Or, quand on est au stade où on inclut toutes les fêtes religieuses, mais qu’on n’inclut pas Noël et Pâques, on frise l’absurde. Notre identité chrétienne, on doit l’assumer. On ne construit rien en n’assumant pas son histoire.

Cette difficulté de l’Europe à fédérer sur son histoire semble assez récurrente, est-ce que vous avez des propositions pour que les choses changent?
Effectivement, il faut que cet agenda nous serve de leçon. On a besoin d'incarnation pour nos valeurs communes que portent les grandes figures de notre patrimoine comme Shakespeare ou Descartes. Plutôt que des figures géométriques vides, pourquoi ne pas justement mettre en avant ces figures sur nos billets d'euros? Il faut aussi se poser pour réfléchir à nos valeurs communes: la défense de la démocratie, l’égalité hommes/femmes ou encore la prise en compte de l’environnement. On a besoin de ces bases fédératrices pour construire notre identité européenne.

Justement, sur cette question des valeurs, pourquoi l’Europe et la France sont à ce point en retrait sur les événements qui se déroulent en Tunisie, où le peuple se révolte pour la liberté?
D'abord, comme l'a dit le Premier ministre aujourd'hui, je rappelle que nous sommes extrêmement préoccupés par l'utilisation disproportionnée de la violence en Tunisie. Il a appelé au dialogue, ce que je crois plus que nécessaire. En effet, on assiste à une crise politique liée à une profonde désespérance d’une jeunesse formée, mais qui ne trouve pas sa place sur le marché du travail. Dans ce contexte, le premier travail de l’Europe, c’est une assistance en termes de développement, d’emploi et de formation, notamment via l’Union pour la Méditerranée.

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