La fusillade de Tucson montre un Ouest américain fou des armes

© 2011 AFP

— 

La fusillade de Tucson jette une lumière crue sur la passion de l'Ouest américain pour les armes, omniprésentes dans la vie quotidienne sans que personne ou presque n'y trouve à redire.

La représentante démocrate Gabrielle Giffords, atteinte samedi d'une balle à la tête dans le drame qui a fait six morts et quatorze blessés, défend elle-même avec acharnement le droit de détenir des armes.

Et Jared Loughner, 22 ans, l'auteur présumé des tirs, avait acquis son pistolet semi-automatique Glock deux mois après avoir été expulsé de l'université pour des menaces proférées sur internet.

Tandis que Mme Giffords reste hospitalisée dans un état stationnaire, quelques voix ont remis en cause une culture dans laquelle le port d'une arme à la ceinture ne fait se retourner personne dans un restaurant, et où contester ce droit équivaut à un suicide politique.

La législation sur les armes de l'Arizona (sud-ouest) est l'une des plus laxistes des Etats-Unis. Chez Sportsman's Warehouse, où l'accusé se serait procuré son arme, une pancarte indique simplement qu'il faut avoir au moins 18 ans pour acheter un fusil, et 21 ans pour un revolver.

Clarence Dupnik, le shérif du comté de Pima dont fait partie Tucson, a déploré le "ridicule" d'un Etat dont les élus ont envisagé de permettre aux étudiants et enseignants de venir armés à l'école.

Une proposition semblable avait été faite en Virginie, sur la côte Est, dans la foulée de la tuerie de l'université Virginia Tech (33 morts en avril 2007).

"Je n'ai jamais soutenu l'idée que n'importe qui puisse porter des armes en toute circonstance. Or nous en sommes presque là", regrette le policier.

Un sénateur démocrate du New Jersey (est) a proposé lundi d'interdire les chargeurs de grande capacité. De tels appels font sourire à l'armurerie Black Weapons de Tucson, où un panonceau proclame que "pour la sécurité du public, vous êtes dans une zone armée non-Obama".

"Chaque fois que le gouvernement met son nez dans nos affaires, il en fait trop, et ce sont les braves gens qui en souffrent", assure Tom Rompel, le patron âgé de 62 ans. Ses clients, à l'en croire, s'arment pour la chasse et afin de se protéger de la criminalité, qui serait en hausse en raison de la proximité de la frontière mexicaine, à une heure de là.

Loughner, juge-t-il, "était un malade. Il a fait un truc dingue, terrible. Mais la représentante sur qui il a tiré a la même arme que lui".

En Arizona, dit M. Rompel, on a l'esprit "pionnier": "C'est ça, l'Amérique. Les gens adorent tirer".

Le deuxième amendement de la Constitution des Etats-Unis protège depuis 1791 le droit de porter des armes. Ces dernières années, la Cour suprême s'en est réclamée pour annuler des restrictions au port d'armes à Chicago et Washington.

Et au moins deux parlementaires américains, dont un démocrate, ont réagi au massacre de Tucson en jurant de porter eux-mêmes des armes à l'avenir dans leurs réunions publiques.

"Ce n'est pas une bonne idée", a commenté Terrance Gainer, le responsable de la sécurité du Sénat: "Cela fait 42 ans que je suis policier, et je doute qu'introduire des armes supplémentaires puisse résoudre la situation".

En Arizona, bastion conservateur, personne n'imagine un changement de la loi locale dans un avenir proche. Mais le débat, espèrent quelques-uns, est peut-être lancé.

Susan Shobe, 38 ans, a emmené ses deux jeunes enfants devant l'hôpital où est soignée Mme Giffords. "Je n'ai pas peur des armes", dit-elle, "mais elles n'ont pas leur place dans les zones urbaines. Cela me rend malade d'imaginer que quelqu'un de connu pour ses propos violents ait pu acheter un pistolet le plus simplement du monde, sans donner de raison".