Gironde : un Marocain soi disant homosexuel et fils d'imam menacé d'expulsion

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Un jeune Marocain, se disant homosexuel et fils d'un imam, est depuis décembre sous le coup d'un arrêté de reconduite à la frontière à Bordeaux et va demander à la cour administrative d'appel d'annuler cette décision car il craint la prison au Maroc, a-t-il indiqué mardi à l'AFP.

"Je préfère être en prison en France que de retourner au Maroc", affirme Karim, 25 ans, qui vit désormais caché. "Il ne peut pas retourner dans son pays car son père, imam, ne l'acceptera pas et, en raison de son homosexualité, il est passible de trois ans de prison", affirme Maryse Olivier, présidente de l'association Partenia 33 de lutte contre les exclusions, qui le soutient.

Karim a quitté en 2003 son pays, dans lequel il se sentait discriminé en raison de son orientation sexuelle, pour rejoindre une soeur et un frère installés en France. "Mais ils m'ont abandonné, je me suis retrouvé à la rue", a expliqué à l'AFP le jeune homme.

Enchaînant des petits boulots payés au noir, il passe de Paris à Marseille, puis se retrouve à Bordeaux.

"Le 22 décembre, je suis allé au commissariat de Bordeaux pour déposer une plainte contre un de mes anciens employeurs qui avait profité du fait que je n'ai pas de titre de séjour pour m'exploiter", raconte-t-il.

"Le policier qui m'a reçu a gardé mon passeport en me disant qu'il allait me régulariser. Mais, le lendemain, quand je suis retourné à l'hôtel de police, il m'a remis" la décision de reconduite à la frontière, indique Karim, estimant qu'il a été piégé.

"Il est normal pour un fonctionnaire de police de porter à la connaissance des autorités judiciaires ou préfectorales l'existence d'un délit ou d'un défaut dans une situation administrative", a indiqué mardi soir à l'AFP une source policière.

Le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté le 28 décembre un recours de Karim, qui a un mois pour faire appel.

Avec son avocat, Me Uldrif Astié, Partenia 33 s'efforce de rassembler un maximum de preuves, notamment celle que le père de Karim est imam, pour "tenter d'infléchir la cour administrative d'appel".

Karim a reçu le soutien de personnalités associatives et politiques, notamment le député-maire Vert de Bègles, Noël Mamère : "Je trouverais honteux qu'on revoie ce jeune homme, menacé du pire dans son pays en raison de son homosexualité", a confié ce dernier à l'AFP.