Scandales pédophiles: les "débaptisations" en forte hausse en Belgique

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Les scandales de pédophilie à répétition qui secouent l'Eglise catholique poussent de plus en plus de Belges à demander leur radiation des registres de baptême et à se détourner d'une institution ecclésiastique en manque cruel de confiance dans la population.

"Quand vous n'êtes pas d'accord avec une organisation dont, en plus, vous n'avez pas choisi de faire partie, la chose la plus saine, c'est de partir", explique à l'AFP Damien Spleeters.

En 2010, ce Bruxellois francophone de 24 ans a écrit à l'évêché de Tournai (ouest), dont dépend la paroisse où ses parents l'ont fait baptiser, pour lui annoncer qu'il ne voulait plus que l'Eglise "parle en (son nom)" et demander qu'elle le "raye" des registres de baptême.

"Même si nous déplorons votre décision, sachez que l'Eglise catholique respecte la liberté de chacun et n'entend pas retenir contre leur gré ceux et celles qui veulent la quitter", lui a-t-on répondu.

La démarche marque surtout une défiance croissante envers l'Eglise, dans un pays jadis catholique fervent, où la proportion de baptisés est estimée à environ 60% de la population.

Aujourd'hui, à peine 8% de la population belge lui fait encore confiance, selon un sondage publié cette semaine. En octobre 2009, ils étaient encore 28% dans ce cas.

"Les déclarations du pape Benoît XVI contre le préservatif, la nomination du conservateur André-Joseph Léonard à la tête de l'Eglise belge début 2010, l'éclatement de scandales pédophiles, ont entraîné des pics de débaptisations", estime un responsable de l'association des "Amis de la morale laïque", Daniel Leclerq.

En l'absence de statistiques nationales, les chiffres de cette association accompagnant dans leurs démarches les candidats au "débaptême" montrent une croissance du phénomène.

"Pour 2010, nous avons traité 1.700 dossiers, contre 66 en 2008 et 380 en 2009", relève M. Leclerq, qui estime que l'Eglise, sans mettre des bâtons dans les roues à ceux qui veulent la quitter, "commence à être plus chatouilleuse".

"Par rapport à la communauté catholique de Belgique, cela reste un très petit pourcentage", relativise Tommy Scholtes, porte-parole des évêques de Belgique.

"Que des gens aient des problèmes vis-à-vis de l'institution, cela me paraît compréhensible", estime M. Scholtes, "mais une histoire particulière ne doit pas faire basculer toute une institution".

Pratiquement, la démarche de "débaptisation" consiste à écrire à la paroisse de son lieu de baptême, un exercice pas toujours simple lorsque la cérémonie remonte à des dizaines d'années. Ensuite, le nom n'est pas réellement rayé, mais une annotation dans le registre de baptême indique que l'ancien fidèle a quitté l'Eglise.

Les conséquences sont avant tout symboliques: plus question de se marier ou d'être enterré dans une église ou de devenir parrain ou marraine.

Le geste n'a pas toutefois pas d'incidence sur le financement public de l'Eglise, qui ne dépend pas en Belgique du nombre de croyants mais de son rôle historique dans la société.

L'Eglise belge, après celle des Etats-Unis, d'Irlande ou d'Allemagne, est secouée depuis six mois par les scandales de pédophilie.

En avril, l'évêque de Bruges a reconnu avoir abusé de son neveu durant une dizaine d'années et a démissionné. Quelque 475 personnes ont dans la foulée déclaré avoir été abusées par des prêtres durant leur jeunesse.

Les évêques belges ont depuis lors demandé officiellement pardon, mais ils rechignent à indemniser les victimes au nom d'une "responsabilité morale" de leur institution.

"Ils sont passés maître dans l'art de glisser la poussière sous le tapis", estime Damien Spleeters, qui ne regrette pas d'avoir quitté le giron du Vatican.