Des maisons Borloo à beaucoup plus de 100.000 euros

C. F.

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Photo prise le 26 novembre 2010 au Havre de «maisons Borloo», livrées à leurs propriétaires avec de nombreux défauts.
Photo prise le 26 novembre 2010 au Havre de «maisons Borloo», livrées à leurs propriétaires avec de nombreux défauts. — AFP PHOTO/KENZO TRIBOUILLARD

«Je n’ai plus envie de vivre ici. J’ai fait une dépression au mois d’octobre, en constatant que le rêve de ma vie était brisé.» Mohammed Benbachir, 33 ans, paie cher le fait d’avoir acquis une maison Borloo à 100.000 euros, beaucoup plus cher même. Avec trois autres propriétaires au Havre, il a porté plainte pour malfaçons, indique Le Parisien daté de ce mercredi.

Après avoir emménagé en août dernier dans son quatre-pièces de 85 m2, l’électricien déchante très vite: «Des fissures dans la salle de bains qui grossissent à vue d’oeil, des moulures qui se décollent, des plinthes et des barreaux d’escalier mal fixés, un jardin en permanence inondé», raconte-t-il au quotidien. Résultat: une facture qui s’élève à 150.000 euros, soit un endettement sur «trente ans».

600 maisons sur 200.000 prévues

Ce programme visant à faciliter l’accès à la propriété des gens modestes avait été lancé en 2005 par Jean-Louis Borloo, alors ministre de la Cohésion sociale et du Logement du gouvernement Villepin. Six ans après, sur les 20.000 logements prévus, seuls 600 sont sortis de terre, calcule Le Parisien. Confirmant ce chiffre à 20minutes.fr, le secrétariat d’Etat au logement justifie cet échec par un manque d’investissement des collectivités locales «à cause de la complexité du dispositif».

Au ministère du développement durable, on note toutefois que dans l’affaire portée devant la justice au Havre, «ce n’est pas le dispositif en soi qui est en cause mais la réalisation des maisons». L’avocat des plaignants, Laurent Benoist, semble du même avis. Selon lui, les responsables, «ce sont les constructeurs engagés par le promoteurs. Ils n’avaient manifestement pas les compétences nécessaires pour réaliser ces maisons», affirme-t-il au Parisien.

Le promoteur minimise les malfaçons

«Nous avons envoyé des ouvriers pour réparer les maisons, mais les propriétaires ont refusé de les recevoir», se défend le promoteur dans les colonnes du quotidien, minimisant l’importance des malfaçons et justifiant leur coût par l’évolution des prix depuis 2005.

De son côté, la première adjointe au maire Agathe Cahierre (UMP) juge que ce promoteur est «défaillant» mais a rappelé auprès de l’AFP que 150 maisons Borloo ou assimilées avaient été livrées «sans problème» au Havre en 2010.

Pass Foncier
Ce dispositif a remplacé celui des maisons Borloo à partir de 2008, à l’initiative de Christine Boutin, alors ministre du Logement. Il propose notamment la maison à 15 euros par jour. «C’est ce qui a été médiatisé mais il y a d’autres formules de prêt», explique-t-on au secrétariat d’Etat de Benoist Apparu. Qui se félicite du succès du dispositif: «Entre 2009 et 2010, 30.000 maisons ont été construites ou sont en cours de construction.»