"Go fast" et vente de kalachnikovs filmés de l'intérieur, lundi soir sur Canal+

© 2011 AFP

— 

"Go fast", vol de voitures, vente de kalachnikovs comme si vous y étiez: un documentaire de Canal+ décrit de l'intérieur ce que sont les nouveaux "caïds" des cités HLM, businessmen surentraînés et déterminés qui ont dépassé le milieu d'antan.

Dans "Caïds de cité, le nouveau grand banditisme", Jérôme Pierrat, spécialiste reconnu du banditisme, réussit le pari de montrer la réalité des voyous d'aujourd'hui, issus de cités sensibles, qui s'illustrent de jour en jour dans des braquages de plus en plus audacieux visant des banques, des transports de fonds ou des distributeurs de billets de banque (Dab).

Pierrat a filmé de l'intérieur les vols et le maquillage de voitures, les convois rapides de drogues - les "go fast" -, ou la vente d'armes venues des pays de l'Est et d'explosifs destinés notamment à faire sauter les Dab.

Ainsi de "Renard", originaire du Val-d'Oise, qui dispose d'une botte secrète pour dérober des véhicules haut de gamme grâce à un boîtier électronique permettant de déverrouiller les plus sophistiqués systèmes de sécurité. Ainsi encore de Stéphane que Pierrat a suivi, pied au plancher, durant un "go fast". Ou encore de "PSG", casquette du club de football parisien vissée sur la tête, qui dissimule des pains d'explosifs et des kalachnikovs dans une forêt où on le voit les tester avant de les proposer à la vente.

Bidonnage, pousse-au-crime ? "Non, se défend Pierrat auprès de l'AFP, c'est un travail de plusieurs mois auprès de contacts amassés au fil de mon expérience, une véritable galère, un an de tournage".

"Je n'ai rien provoqué", ajoute-t-il, "rien mis en scène" et "attendu, parfois des semaines, qu'ils me contactent. La seule condition était de ne mettre la vie de personne en danger".

Le résultat est saisissant et le documentaire montre bien comment le milieu traditionnel est complètement dépassé par ces voyous, bons pères de famille, businessmen aguerris, fans du film de Michael Mann "Heat" et, comme ces héros de cinéma, conscients des risques mais prêts à tout pour faire de l'argent rapidement.

Ils parlent. D'eux, de leur vie et de leur travail: "Les soldats, on les repère tout de suite dans les cités, dit +Renard+, il y en a quatre ou cinq". "Les Uzi (armes de guerre), remarque PSG, c'est comme les chaussures de sécurité dans une usine".

"Les voyous d'aujourd'hui sont des radicaux, des fêlés, impatients", observe Pierrat. "Ils sont trop compliqués pour les policiers avec leur matériel et leur armement de guerre, ils leur rendent la vie impossible, c'est une guerre", ajoute-t-il, se demandant: "Comment va-t-elle se terminer ?"