Les pro-Ouattara ont quitté l'ambassade ivoirienne à Paris

DIPLOMATIE Ils attendaient le nouvel ambassadeur...

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M. MEDINA/ AFP

«Nous avons juste décroché le portrait de Gbagbo»: une trentaine de partisans d'Alassane Ouattara ont pris lundi le contrôle de l'ambassade de Côte d'Ivoire à Paris, attendant l'arrivée d'un ambassadeur désigné par Alassane Ouattara pour remplacer un proche de Laurent Gbagbo. En fin de soirée, les derniers manifestants qui se trouvaient toujours dans l'ambassade ont quitté les lieux, ont constaté des témoins.

«Les Ivoiriens sont venus dire qu'ils en ont ras-le-bol et que l'ambassade doit être nettoyée. Toutes les personnes qui ont été nommées par Gbagbo, on ne les reconnaît plus. Ils doivent partir», a expliqué à l'AFP Marcel Youpeh, président pour la France du Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP, opposition ivoirienne) qui rassemble les pro-Ouattara.

La police à l'ambassade

«Je lance un appel aux ambassades de Côte d'Ivoire à travers le monde: les diplomates nommés par Gbagbo doivent partir. A Abidjan, ils empêchent les ministres légitimes de prendre possession de leurs bureaux, nous empêcherons les diplomates désignés par Gbagbo d'entrer dans l'ambassade», a-t-il ajouté en sortant du bâtiment.

La police française a confirmé que des partisans d'Alassane Ouattara ont pris sans incident le contrôle de l'ambassade. Des policiers français en tenue anti-émeutes bloquaient lundi après-midi l'entrée de l'ambassade, située près de l'Arc de Triomphe à Paris, le temps de «clarifier la situation», a constaté l'AFP.

La communauté internationale a reconnu Alassane Ouattara comme président légitime de la Côte d'Ivoire à l'issue de l'élection présidentielle du 28 novembre, qui l'opposait au sortant Laurent Gbagbo, déclaré de son côté vainqueur par le Conseil constitutionnel ivoirien.

Pas de violences

Chaque président a formé son cabinet. Alassane Ouattara siège au Golf Hôtel d'Abidjan, tandis que Laurent Gbagbo est toujours au palais présidentiel et que ses ministres occupent toujours leurs ministères.

A la suite d'un appel à la grève générale lancé en Côte d'Ivoire par le camp d'Alassane Ouattara à partir de ce lundi, «la jeunesse du RHDP a décidé que les fonctionnaires de l'ambassade devaient aussi cesser de travailler», a expliqué depuis l'intérieur du bâtiment Bouaké Karamoko, secrétaire général du RHDP en France, joint par téléphone.

«Les fonctionnaires sont partis. Il n'y a pas eu de violences. Nous attendons la venue du nouvel ambassadeur», a-t-il ajouté. Jusque dans la matinée lundi, l'ambassade fonctionnait normalement, a constaté l'AFP.

«Une action pareille, c'est digne d'un putsch»

Cette occupation de la représentation ivoirienne à Paris coïncide avec l'annonce de la désignation d'un nouvel ambassadeur en France par Alassane Ouattara, afin de remplacer Pierre Kipré, une personnalité proche du président sortant Laurent Gbagbo, qui n'était pas à l'ambassade ce lundi.

«Nous avons pris acte de cette décision prise par les autorités légitimes de la Côte d'Ivoire, ainsi que de la demande d'agrément pour un nouvel ambassadeur. La procédure d'agrément est en cours», a déclaré le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères Bernard Valero.

La fonction d'ambassadeur en France, ancienne puissance coloniale et partenaire économique essentiel, est un poste-clé pour le pouvoir ivoirien.

Devant l'ambassade, une dizaine d'Ivoiriens venus pour effectuer des démarches administratives attendaient la suite des événements, un peu irrités d'être «pris en otage par un groupe politique», selon une jeune fille.

«Une action pareille, c'est digne d'un putsch», protestait un jeune homme partisan de Laurent Gbagbo. D'autres craignaient de nouveaux heurts, comme ceux qui ont opposé le 26 décembre à Paris plusieurs centaines de partisans de Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, faisant deux blessés, dont un à l'arme blanche.