Pourquoi, comment et avec quoi dégivrer les avions?

DÉCRYPTAGE e manque de glycol a entraîné l'annulation de nombreux vols à Roissy. Pourquoi faut-il dégivrer les appareils avant leur décollage et comment utilise-t-on ces produits?

© 2010 AFP

— 

Un avion est aspergé d'un mélange d'eau chaude et de glycol, à l'aéroport d'Oslo en Norvège, le 18 janvier 2006.
Un avion est aspergé d'un mélange d'eau chaude et de glycol, à l'aéroport d'Oslo en Norvège, le 18 janvier 2006. — SCANPIX / AFP

Pourquoi faut-il effectuer une opération de dégivrage sur les avions?

«Le principe est assez simple, il s'agit d'enlever la neige ou la glace qu'il y a sur l'avion de façon à ce qu'il ne soit pas trop lourd pour décoller et ne pas compromettre la sécurité», explique Bernard Cathelain, directeur général adjoint d'Aéroports de Paris (ADP), gestionnaire de Roissy-Charles-de-Gaulle et Orly. L'opération concerne les ailes mais aussi l'ensemble de la carlingue.

Comment s'effectue cette opération de dégivrage?

Pour dégivrer un avion, «on l'asperge d'un produit qui fait fondre la neige et la glace. Il ne faut pas que celui-ci soit corrosif, donc on asperge l'avion d'un mélange de glycol et d'eau chaude», précise M. Cathelain. Le temps de dégivrage dépend de la quantité de neige accumulée sur l'avion. En temps normal, cinq à dix minutes suffisent. Quand la neige est particulièrement collante et lourde, comme jeudi et vendredi, cela prend «près de la demi-heure», ajoute-t-il.

Le dégivrage se fait avec des postes de dégivrage fixes et des dégivreuses mobiles. A Roissy, il y a sept postes de dégivrage équipés chaque fois de quatre véhicules, soit 28. La prestation est assurée par ADP. A Orly, ce sont des compagnies qui font appel à des prestataires. Une douzaine de dégivreuses sont disponibles.

Quels sont les produits à base de glycol utilisés pour le dégivrage des avions?

Deux alcools, l'éthylène glycol et le propylène glycol, plus ou moins dilués avec de l'eau, peuvent être utilisés pour le dégivrage des avions dans les aéroports car ils ont des températures de fusion nettement inférieures à 0°C (-13°C pour l'éthylène glycol, - 59°C pour le propylène glycol). Leur application permet de diminuer le point de congélation de l'eau présente sur les avions sous forme de givre, de glace ou de neige.

L'éthylène glycol, fréquemment employé en tant qu'antigel dans le liquide de refroidissement des automobiles, est toxique, alors le propylène glycol peut être utilisé par l'industrie alimentaire. Les produits contenant au moins 80% de glycol, dilués ou non, chauffés à plus de 60°C, peuvent servir à enlever toute trace de neige, glace ou givre sur un avion. Une action préventive (antigivrage) est également possible grâce à des fluides épaissis à base de 50% de glycol, selon la Direction générale de l'aviation civile (DGAC).

Comment s'explique le manque de glycol dans les aéroports?

Un arrêt temporaire de la production de la principale usine fabriquant ces produits en France a aggravé la pénurie de glycol, entraînant une baisse des stocks dans les aéroports.

«Même si ce n'est pas ce producteur-là qui alimente nos aéroports, cela a évidemment une répercussion sur la situation générale», car cela «participe à la pénurie générale de glycol qu'il y a en Europe et spécifiquement en France», souligne M. Cathelain. «On a deux fournisseurs, un pour Roissy (Clariant), un pour Orly (Abax)», précise-t-il, sans savoir si Clariant ou Abax s'approvisionnent à l'usine de Lyondellbasell à Fos-sur-mer (Bouches-du-Rhône).

Selon le groupe néerlandais, l'usine pétrochimique LyondellBasell n'approvisionne pas les aéroports parisiens ni directement, ni indirectement. L'arrêt de l'usine du 10 décembre au 23 décembre n'était pas dû à une grève, mais «à des problèmes sociaux», a précisé la direction de l'usine où la production a repris vendredi.