Au marché aux truffes, l'agriculteur qui a tué pour défendre son or noir est très soutenu

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A quelques heures de Noël et quatre jours après la mort d'un homme soupçonné de voler des truffes, abattu par un agriculteur dans la Drôme, l'ambiance était glaciale vendredi, et le soutien au tireur présumé sans faille, au premier marché aux truffes de France. «Aujourd'hui, ce sont les voleurs qui sont bien vus», déplore une productrice derrière son petit stand et sa corbeille de truffes, le nez rougi par le vent glacial qui balaie les ruelles de Richerenches, village du Vaucluse situé à quelques kilomètres des lieux de la fusillade.

Elle n'aura pas l'occasion de poursuivre: à ses côtés, son mari, vigneron, indique avoir «reçu la consigne de ne pas parler aux journalistes». Depuis que Laurent Rambaud, un trufficulteur de Grignan (Drôme), a été mis en examen pour «assassinat» et placé en détention provisoire pour avoir abattu lundi de deux décharges de fusil à pompe un habitant d'une commune voisine, il jouit du soutien indéfectible des trufficulteurs locaux, «exaspérés» par les vols du précieux tubercule, négocié autour de 800 euros le kilo.

«S'il y a des voleurs, c'est qu'il y a des receleurs»

Les vols de truffes, tout le monde en parle. Mais personne n'est en mesure d'en estimer l'importance. Et quand on demande s'ils ont eux-mêmes été victimes de larcins, invariablement, la réponse fuse: «Moi pas, mais je connais quelqu'un.» Dans cet univers opaque, secret, amalgames et rumeurs ne tardent pas à éclore. Plusieurs interlocuteurs mettent ainsi en cause «les Gitans», quand bien même les enquêteurs ont dès le premier jour précisé que la victime n'était pas issue de cette communauté.

«S'il y a des voleurs, c'est qu'il y a des receleurs», juge Didier Chabert, ancien président du Syndicat des trufficulteurs du Tricastin, principale zone de production en France. Il appelle pour sa part à «la transparence» et l'instauration d'une «traçabilité», avec notamment la création d'une carte de producteurs. Sur le cours du Mistral, plusieurs véhicules sont stationnés en épi, le coffre ouvert. Derrière chaque voiture, une petite file d'attente. Beaucoup de retraités, une majorité d'hommes, sont venus vendre, à voix basse et en liquide, leurs quelques truffes aux grossistes.

«Quand j'achète, je demande le nom du vendeur. Mais je ne suis pas gendarme, je ne peux pas vérifier les identités», explique Thierry Chantelaube, grossiste périgourdin. Difficile dans ces conditions de s'assurer de la provenance des truffes. Et l'instauration d'une carte de producteur n'empêcherait pas «d'aller vendre directement à un restaurateur» de la marchandise volée. La tension est d'autant plus forte autour des truffières que la crise agricole et viticole a fait glisser la vente de truffes de revenu d'appoint à ressource nécessaire pour de nombreux exploitants.

Tension

Confirmant la «tension» qui règne dans la région, le commandant de gendarmerie de Richerenches, Patrice Caserio, a rencontré les trufficulteurs. «Je leur ai demandé de ranger leurs fusils. Est-ce que le prix de la truffe vaut dix ou vingt ans de prison?», interroge-t-il. Il ajoute qu'il a renforcé «les contrôles nocturnes, pour faire passer la peur dans l'autre camp».

Pendant qu'à Richerenches on estime encore qu'«il ne l'a pas volé» ou qu'«il l'a bien cherché», à 15 kilomètres de là, à Saint-Paul-Trois-Châteaux, 300 personnes se sont rassemblées à la mémoire de la victime, «tiré comme un lapin» selon son père. Ce brancardier laisse, à 43 ans, une veuve et deux filles.