Au Québec, Noël commence chez les lutins bûcherons

© 2010 AFP

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"Lutin, lutin, viens ici ! J'ai trouvé mon sapin!", crie Marie, sept ans, en s'enfonçant dans la neige de la forêt québécoise, où des milliers de familles viennent couper leur arbre de Noël.

Le lutin, - un rouquin de vingt ans portant un bonnet pointu coloré et une tunique assortie - arrive armé d'une scie à main et coupe en quelques secondes le beau conifère touffu de deux mètres de haut choisi par la petite fille.

Aux Plantations Fernet à Saint-Cuthbert, à 100 km de Montréal, ce qui pourrait être un achat banal devient une aventure et un moment de magie de Noël pour les enfants.

Pour gagner le milieu de la forêt et en revenir avec le gros sapin, on voyage sur une remorque tirée par un énorme tracteur. Au retour, si l'air est frais - et il est rare qu'il en soit autrement - on peut se restaurer dans une grange convertie en restaurant en dégustant une "soupe aux boutons" (légumes), d'excellentes crêpes au sirop d'érable, ou, plus surprenant, des saucisses flottant dans le même sirop.

"Dans le temps, les familles prenaient un gros sapin, venaient et coupaient la tête", raconte Cécile Grandchamp, directrice des Plantations Fernet. "C'est une tradition québécoise, j’ai voulu faire revivre cette magie-là".

Pour les Américains du Nord, les plus beaux sapins se trouvent au Canada. Au début du siècle, près de deux millions d'arbres partaient chaque année à Noël vers les Etats-Unis et le Mexique. Mais avec un dollar canadien fort, et une concurrence de plus en plus féroce, les exportations ne cessent de baisser: 1,8 million en 2008, 1,7 million en 2009...

Dès avant l'an 2000, sentant le vent tourner, les planteurs ont trouvé un remède: faire du sapin le centre d'un univers festif.

Ils se sont donc lancés dans "l'autocueillette" comme on dit au Québec. "Venez couper votre sapin", appelle une inscription visible de loin sur le toit de la grange-restaurant des Plantations Fernet.

Une fois sur place, les enfants trouvent plein d'autres activités: une petite colline de neige aux pentes raides invite aux glissades sur les fesses, une "cabane à sucre" propose des "tires sur la neige" - bonbons mous fabriqués sur place en versant du sirop d'érable bouillant sur la glace ou la neige compacte.

Sans compter les balades en carriole ou en traîneau tirés par les chevaux, une boutique offrant les produits de la région et, clou du programme, une audience chez le Père Noël en personne qui officie dans une pièce de la grange...

Chaque année, en l’espace des quatre fins de semaine précédant Noël, la plantation attire 10.000 personnes. Un succès inattendu qui a permis aux propriétaires d'arrêter les exportations vers les Etats-Unis et d'offrir du travail à une quarantaine de "lutins", entre bûcherons, cuisiniers et conducteurs de tracteurs, recrutés dans les villages alentour.

Le tracteur retourne au point de départ avec ses deux remorques, celle des passagers et celle transportant les sapins fraîchement coupés.

Avant de repartir pour la ville, il y a encore "la danse du sapin", comme l'annonce un panneau accroché sur une machine dont on a du mal à deviner le fonctionnement.

L'arbre est mis debout sur une plaque qui se met à vibrer violemment: la neige et les feuilles mortes s'envolent aussitôt et le sapin, tout beau tout propre peut être emballé dans un filet de plastique et placé sur le toit de la voiture. Par un lutin, bien entendu.