Les Afghans demandeurs d'asile à la rue angoissés par le froid, la neige et la police

SOCIETE Même le 115 n'arrive pas à les loger...

© 2010 AFP

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Pour Saïd, Massoud, Jawed et Daoud (*), quatre jeunes Afghans parmi les dizaines de demandeurs d'asile qui arpentent Paris, le retour de la neige et du froid rime avec l'angoisse de nouvelles nuits dehors, soumis à la violence de la rue et à des policiers qu'ils accusent de brutalités.

«En Afghanistan, avec toutes les difficultés, vous ne verrez jamais personne à la rue. Même pour les fous, vous avez un endroit chaud», assure Daoud, 22 ans, entre indignation et incompréhension. Ses propos en dari sont traduits à l'AFP par une interprète du centre d'écoute et de soins de Médecins sans frontières (MSF), où ils sont suivis en consultation.

Comme ses camarades d'infortune, le jeune homme dispose du récépissé de la préfecture qui atteste de son statut de demandeur d'asile et lui donne droit à un lit dans un centre d'accueil.

Irrités par du gaz lacrymogène?

Vue la saturation chronique du système, ils dorment dehors depuis les quatre ou cinq mois qu'ils sont là, sous le métro aérien ou des balconnets d'immeubles le long du canal Saint-Martin, pour s'abriter de la pluie et de la neige. Leurs nuits agitées ont parfois été brutalement interrompues par la police venue les déloger.

«On a tous été gazés (au lacrymogène) à un moment», s'indigne Saïd, 27 ans, qui était officier de police à Herat (ouest de l'Afghanistan). « Les policiers nous disent "vous êtes venus pour dormir?"», s'étonne-t-il encore.

Le coordonnateur du centre MSF, Jacky Roptin, atteste de la prise en charge d'«irritations, démangeaisons et réactions allergènes sur le visage» dues à ce type de produit, avec une certaine «récurrence».

La police identifiée?

«En aucun cas ce type de méthode ne peut être avalisé et ne peut être le fait d'instructions de la hiérarchie policière», a déclaré à l'AFP le cabinet du préfet de police de Paris, invitant «les associations qui ont recueilli ces témoignages à se rapprocher de la préfecture de police afin de procéder aux vérifications utiles». Massoud, 23 ans, a raconté à l'AFP comment son oeil gauche a été atteint, et son professeur de français l'a hébergé «pendant un mois», le temps de sa convalescence.

«Dans les récits que j'ai eus», relate Jean Cresp, psychologue à MSF, «ça arrive à chaque fois avant le réveil, le sentiment de terreur des cauchemars se poursuit alors dans la réalité». Il dit aussi que le sigle «police» a été identifié dans certains témoignages.

«Saturation du système»

«Le refuge qu'ils cherchent en France, ils ne le trouvent pas et le motif de leur exil perd de son sens, c'est une sorte d'exil sans fin», analyse le clinicien.

Pour M. Roptin, «la stratégie de l'Etat est de les disséminer pour les rendre invisibles» et la «saturation du système peut mener à mettre des critères qui n'existaient pas», contrevenant au principe, inscrit dans la loi, d'un accueil inconditionnel, que la personne soit française ou étrangère, en situation régulière ou non. «Nous sommes dans une situation d'implosion totale», résume Pierre Henry de France Terre d'asile (FTA).

La France compte 21.000 places en centres d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA), dont 17% en Ile-de-France, région qui concentre 45% de la demande d'asile, selon M. Henry. Et la «durée moyenne de procédure de 19 à 20 mois complique singulièrement les choses» ne permettant pas une rotation des places, ajoute-t-il.

Le 115 du Samusocial? «Oui, on connaît», dit Daoud. «On a déjà essayé d'appeler, de 08H00 à 20H00. On nous dit "attends" et ensuite, au bout de dix minutes d'attente ça raccroche».

(*) les prénoms ont été modifiés à leur demande.