EMMAÜS ne veut pas d'un autre hiver 1954

Recueilli par Delphine bancaud

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L'abbé Pierre est mort depuis bientôt quatre ans, mais l'action qu'il avait engagée pour accueillir les personnes en grande précarité continue. Le vice-président de l'association Emmaüs, Claude Chaudières, fait le point sur la situation des plus démunis cet hiver.

Vous venez d'inaugurer

votre plus grand centre d'hébergement dans le 17e à Paris,

comment fonctionne-t-il ?
Il accueille des femmes et des hommes qui sont en phase de réinsertion, jusqu'à ce qu'une solution stable leur soit proposée. Séjournent aussi ici des personnes en grande précarité, qui refusaient jusqu'alors d'intégrer un centre d'hébergement. Nous ne nous contentons pas de loger ces 207 personnes, nous leur proposons aussi un accompagnement personnalisé, en les aidant à se réinsérer socialement et professionnellement.

De combien de centres d'hébergement disposez-vous actuellement ?
Près de 64, principalement en Ile -de-France. Ce sont des centres de jour dédiés à l'accueil d'urgence et des centres d'hébergement. Nous gérons aussi des structures (résidences ou hôtels sociaux, appartements d'insertion) destinées aux personnes autonomes, qui peuvent payer un loyer.
Etes-vous davantage

sollicités cet hiver ?
Oui. Nous hébergeons actuellement 2 000 personnes par jour et nous sommes obligés de refuser des demandes. La situation est identique pour les autres associations, car il manque des places d'hébergement dans les grandes villes. Rien qu'en Ile-de-France, le déficit est de 15 000 places, c'est énorme. La montée du prix des loyers fait que beaucoup de personnes ne peuvent plus se loger et la crise est un facteur aggravant.

Qu'attendez-vous

des pouvoirs publics ?
Nous craignons un désengagement important de l'Etat sur le financement du logement social de 2011 à 2013. Le projet de loi de finances 2011 prévoit ainsi une baisse du budget hébergement par rapport aux années précédentes. Par ailleurs, les subventions destinées à la création de logements très sociaux seront réduites de 110 millions d'euros en 2011 et les aides personnalisées au logement seront amputées de 240 millions d'euros. Ce qui aura pour conséquence d'augmenter le nombre de personnes précaires qui demanderont à être hébergées par les associations. Or, on sait déjà que toutes ne pourront pas être relogées…

décès

Quatre SDF sont décédés depuis vendredi. Un homme de 57 ans d'origine mauritanienne a été retrouvé dans un immeuble désaffecté de Strasbourg (Bas-Rhin). A Rennes (Ille-et-Vilaine), une femme de 40 ans est morte dans un ancien cloître. Un Polonais de 29 ans est mort sous une porte cochère à Marseille (Bouches-du-Rhône). Près d'Arras (Pas-de-Calais), un homme a été retrouvé mort dans sa caravane.