Un pas décisif vers l'abolition du tabou gay dans l'armée américaine

ETATS-UNIS Barack Obama a salué une «avancée historique»...

© 2010 AFP

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Une étape pas encore décisive, mais très importante. Le Sénat américain a fait ce samedi un grand pas vers l'abolition de la loi controversée de 1993 interdisant aux soldats américains d'afficher leur homosexualité, immédiatement saluée par le président Barack Obama comme une «avancée historique». Les élus ont adopté par 63 voix contre 33 une motion qui met fin aux débats sur le sujet et ouvre la voie à une adoption finale. Peu après, les sénateurs des deux bords se sont mis d'accord pour un vote sur l'adoption finale du texte ce samedi à 15h (21h à Paris).

«Aujourd'hui le Sénat a réalisé une avancée historique vers la fin d'une politique qui mine notre sécurité nationale et viole les idéaux que défendent nos hommes et femmes en uniforme et pour lesquels ils risquent leur vie», a réagi dans un communiqué le président américain, pour qui «il est temps de refermer ce chapitre de notre histoire».

Lady Gaga

Le sujet a fait l'objet d'un débat passionné dans la société américaine ces derniers mois avec l'intervention de personnalités telles que la chanteuse Lady Gaga qui a diffusé plusieurs messages sur internet en faveur de l'abolition de la loi qu'elle qualifie de discriminatoire. En mai, la Chambre avait approuvé l'abolition de cette loi dite «Don't ask, don't tell» (Ne rien demander, ne rien dire) qui oblige les gays et lesbiennes de l'armée à taire leur orientation sexuelle sous peine d'être renvoyés.

Mais le Sénat avait rejeté la semaine dernière une première version de la mesure, glissée dans un vaste projet de loi de finance pour le Pentagone. Depuis, des élus des deux camps ont décidé de déposer un nouveau projet de loi indépendant, c'est-à-dire qui n'est pas inséré dans un autre texte. La Chambre des représentants a approuvé le nouveau texte mercredi par 250 voix contre 175.

«Importants dégâts»

Samedi, peu avant le vote au Sénat, le sénateur républicain John McCain, l'un des principaux opposants au texte, avait souligné les «importants dégâts» que provoquerait celui-ci s'il était voté. «La première victime de la guerre en Irak était un homosexuel. La mine qui lui a arraché la jambe droite se moquait de savoir s'il était gay ou hétéro. Nous devrions faire de même», a de son côté déclaré le sénateur démocrate Carl Levin, qui préside la commission de la Défense du Sénat.

Malgré une forte opposition de la part la majorité des républicains à la chambre haute, six sénateurs conservateurs ont voté pour l'abolition. Le président Obama avait répété à plusieurs reprises qu'il souhaitait une abolition de la loi avant la fin de l'année. Le plus haut gradé de l'armée américaine, l'amiral Michael Mullen, a assuré récemment que les soldats américains étaient «prêts» pour l'abolition du texte controversé.

Les militaires sont OK

Une étude du Pentagone dévoilée fin novembre montre qu'une majorité de militaires et de leurs conjoints sont favorables à l'abrogation. Mais, certains élus, essentiellement républicains, craignent que l'abrogation de la loi ne menace l'efficacité des soldats au combat. Les républicains ont mis en avant le fait que plusieurs hauts gradés s'opposent à son abolition, dont le général James Amos, patron des Marines.

Si la loi est abolie, il faudra toutefois plusieurs mois avant son entrée en vigueur, le temps pour les forces armées de se préparer à l'arrivée de soldats ouvertement homosexuels dans ses rangs. Egalement attaquée sur le front judiciaire pour son caractère discriminatoire, la loi a conduit depuis sa mise en place au renvoi de l'armée de quelque 14.000 soldats en raison de leur homosexualité, selon des sources associatives.