Pays-Bas : le Brabant victime d'une série de violences liées à la drogue

© 2010 AFP

— 

Des grenades lancées contre un coffee shop, des tirs de fusil-mitrailleur sur la façade d'une maison, un maire caché par la police pour sa protection : la province du Brabant, au sud des Pays-Bas, est le théâtre d'une série de violences liées au trafic de drogue.

Cette région compte le plus grand nombre de plantations illégales de cannabis de tous les Pays-Bas, selon le commissaire Frans Heeres, responsable de la "section cannabis" de la police néerlandaise.

"C'est proche de la Belgique, l'exportation est donc plus facile", explique M. Heeres, chef du district policier "Brabant centre et ouest", où 602 plantations illégales de cannabis ont été démantelées en 2009.

"C'est aussi une région plus pauvre qu'ailleurs : il y a par exemple des fermiers qui ont fait faillite et qui cherchent à rentabiliser leurs terres" en cultivant du cannabis, souligne-t-il.

La possession, la consommation et la vente au détail de moins de cinq grammes de cannabis, dans quelque 670 coffee shops, sont tolérées depuis 1976. La culture et la vente en gros sont elles interdites et contrôlées par des groupes criminels.

Trente mille à 42.000 plantations de cannabis existeraient aux Pays-Bas, selon la police qui estime que la vente en gros de cette drogue rapporte chaque année 2 à 5 milliards d'euros à des groupes criminels, qui exportent 80% de leur production, principalement vers la Grande-Bretagne et l'Allemagne.

"Le trafic de cannabis peut aller de paire avec le trafic d'autres drogues, comme l'ecstasy ou la cocaïne, mais on voit aussi souvent du blanchiment d'argent, de la corruption etc.", constate Frans Heeres.

Plusieurs fusillades ont éclaté récemment à Eindhoven, première ville du Brabant avec près de 215.000 habitants. La plus violente, le 28 novembre, au fusil-mitrailleur, visait une maison.

Ces fusillades avaient toutes un rapport avec la criminalité liée à la drogue, selon la municipalité locale.

La ville d'Helmond, située à 15 kilomètres à l'est d'Eindhoven, est désormais administrée par un maire par intérim. Le maire en titre, Fons Jacobs, a disparu : il vit depuis le 1er décembre dans un endroit tenu secret, protégé nuit et jour par la police.

L'édile avait fait l'objet de menaces après l'ouverture, voulue par la mairie, d'un second coffee shop, le Carpe Diem, dans le centre de cette ville de 88.000 habitants.

Dans la nuit du 31 juillet au 1er août, deux grenades à main avaient été lancées à l'intérieur de l'établissement, ouvert un mois auparavant, sans faire de blessé mais provoquant d'importants dégâts.

"Le parquet nous a contactés il y a peu et nous a dit qu'il pensait que le maire était en danger à cause de cette histoire de coffee shop. On nous a dit : ++la prochaine fois, cela risque d'être pire que des grenades à main++", soupire Frans Stienen, le maire intérimaire.

Helmond est "heureusement une exception", assure le commissaire Heeres, selon lequel les violences liées à la drogue sont surtout menées par des malfaiteurs contre d'autres malfaiteurs.

"Ils sont de plus en plus professionnels" et "veulent que l'argent investi leur rapporte", souligne le policier. La valeur du cannabis, dont la qualité s'est améliorée, est en hausse constante, poursuit-il : "ils se défendent donc de manière beaucoup plus agressive".