une hausse dont ils ne sont pas revenus

anthony nataf

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C'est un arbre qui cache une forêt bien sombre. Le revenu moyen par agriculteur entre 2009 et 2010 a progressé de 66 %, a annoncé hier le ministère de l'Agriculture. Ce chiffre est notamment dû à la forte progression des prix des céréales et à la baisse des prix des engrais. « C'est d'abord un rattrapage, parce que les agriculteurs ont connu en 2009 une crise épouvantable », a commenté hier sur France 2 le ministre de l'Agriculture, Bruno Lemaire. Il a, en outre, admis qu'en termes de montants, les revenus moyens restaient inférieurs de 10 à 15 % à ceux des Français. Car si le chiffre sonne comme une bonne nouvelle, il révèle en réalité de grandes disparités.

« Une opération politique »
« C'est un chiffre qui heurte les agriculteurs, note Christiane Lambert, première vice-présidente de la FNSEA, le premier syndicat agricole. Si on regarde le revenu moyen lisse, il y a une diminution de 5 % sur les cinq dernières années. » Pour les exploitations de grande culture, la hausse du prix des céréales a permis cette année un redressement de 153 %. « Mais les revenus avaient diminué de 56 % l'année dernière. On revient en réalité au niveau de 2008 », poursuit-elle. Les logiques sont complexes. Sur le même chiffre, on peut aussi relever que la hausse du prix des céréales, qui a profité aux producteurs, a aussi augmenté les coûts de production dans l'élevage. « Ce chiffre a de moins en moins de signification », juge Philippe Collin, porte-parole de la Confédération paysanne. Il dénonce « une opération politique pour faire croire que les paysans se portent mieux. Une hausse de 66 % ne permet pas de retrouver les niveaux de revenus de 2007, et ensurtout pour les éleveurs, le niveau reste inférieur à celui de 1990. » Autre source de disparités, la volatilité des prix. « Cela peut tout changer entre deux agriculteurs d'un même village, explique Christiane Lambert. En avril dernier, la tonne de blé était autour de 105 €. En mai-juin, elle est passée à 120 € et à environ 200 € aujourd'hui. »

table ronde bovine

Selon la Confédération paysanne, dont les représentants ont été reçus hier au ministère de l'Agriculture, le principe d'une table ronde dans les prochaines semaines avec d'autres représentants de la filière bovine a été entériné. Ceci intervient après la levée, mardi, du blocage de l'abattoir Charal du groupe Bigard, à Cholet. Un accord conclu entre les producteurs et l'industriel en novembre prévoit une revalorisation du prix d'achat de 2 à 5 centimes le kg.