Habits neufs pour la basilique d'Alger rouverte en grande pompe

© 2010 AFP

— 

Avec ses pierres redevenues blanches et son dôme étincelant dominant les hauteurs d'Alger, la basilique Notre-Dame d'Afrique a été rouverte lundi sous le signe de "l'entente" entre cultures par de hauts représentants algériens et français tout juste venus pour la cérémonie.

Michel Vauzelle et Jean-Noël Guérini, respectivement présidents du Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) et du conseil général des Bouches-du-Rhône, ainsi que le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin (UMP) accompagnés d'une importante délégation sont arrivés en avion spécial pour la cérémonie.

L'archevêque d'Alger, le Jordanien Mgr Ghaleb Bader, a souligné que la basilique catholique, érigée dans les années 1850 par les colons français, était un symbole de l'Algérie mais surtout "un symbole des rencontres entre les personnes", lors d'un sermon devant plusieurs centaines d'invités.

Il faut que Notre-Dame d'Afrique reste un "symbole d'entente et de rencontre", a insisté Mgr Bader auprès du corps diplomatique et des dignitaires algériens, dont le ministre des Affaires religieuses et du Waqf, Bouabdallah Ghlamallah, les dirigeants de la wilaya (département) d'Alger et le patron du Front de Libération National (FLN, au pouvoir) Abdelaziz Belkhadem, représentant du président Abdelaziz Bouteflika.

"Notre Dame d'Afrique priez pour nous et pour les Musulmans", peut-on lire sur la paroi intérieure de la coupole, près de laquelle s'étalent peintures naïves de scènes de saints, prières en français, arabe et amazigh, langue des Kabyles algériens, et vitraux multicolores tout juste renforcés.

Dans une déclaration en marge de la cérémonie, M. Belkhadem a souligné que Notre Dame d'Afrique permettait de renforcer le dialogue entre les religions, cultures et civilisations.

"En Algérie, a-t-il aussi affirmé, il n'y a aucune forme de restriction dans la pratique religieuse, ni aucune distinction entre les musulmans et les chrétiens".

Le wali (préfet) d'Alger Mohammed Kebir Addou a fait l'éloge de la collaboration franco-algérienne pour restaurer la basilique. "Cela donne l'opportunité de resserrer les liens d'amitié avec la région de Marseille", a-t-il souligné, un clin d'oeil à Jean-Claude Gaudin, habitué d'Alger.

Tant Notre-Dame d'Afrique que son "miroir", Notre-Dame de la Garde, de l'autre côté de la Méditerranée à Marseille, ont été restaurées par les mêmes équipes.

L'architecte en chef, Xavier David, a expliqué les travaux de consolidation de l'édifice, à la fois de réparation, de restauration et d'insertion innovante de matériau de protection para-sismique.

"Cela n'a pas été facile au début", a reconnu Christian Pons, le chef de l'entreprise Girard chargée de l'exécution des travaux avec la partie algérienne, dont de jeunes professionnels ont été formés par les Compagnons du Devoir.

Notre-Dame d'Afrique a souffert d'abandon, surtout durant la décennie du terrorisme, et a subi une onde de choc grave du séisme de 2003 à Boumerdès (50 km à l'est d'Alger), qui a menacé d'effondrement ses deux tourelles.

La basilique a maintenant retrouvé son panache pour un coût de 5,1 millions d'euros. L'UE en a versé un million, Marseille 1.08 M, l'Etat algérien et l'Etat français un demi-million chacun, le PACA 360.000 euros et des donateurs privés 35%.

Ces équipes sont désormais chargées de restaurer la basilique de Saint-Augustin à Annaba (600 km à l'est d'Alger), érigée en 1909.

Interrogé sur le nombre de catholiques en Algérie, Mgr Bader les a estimés à "quelques milliers", essentiellement des expatriés, tout en expliquant que Notre-Dame d'Afrique accueillait quelque 100.000 visiteurs par an, dont des musulmans qui vénèrent aussi Marie.