Des membres du GIPN accompagnent des enfants à l'extérieur de l'école de maternelle où une prise d'otages a eu lieu le 13 décembre 2010 à Besançon (Doubs).
Des membres du GIPN accompagnent des enfants à l'extérieur de l'école de maternelle où une prise d'otages a eu lieu le 13 décembre 2010 à Besançon (Doubs). — AFP PHOTO JEFF PACHOUD

INTERVIEW

Enfants pris en otage: «Ils sont trop jeunes pour avoir perçu la gravité de la situation»

Après la prise d'otage de Besançon, Stéphane Clerget*, pédo-psychiatre, explique à 20minutes.fr comment les parents doivent réagir...

Comment prendre en charge des enfants qui ont vécu un tel événement?
Dans un premier temps, il faut que les enfants passent du temps avec leurs parents et que ces derniers les rassurent, qu’ils ne montrent pas d’inquiétude même si c’est difficile. Ensuite, il y a la prise en charge par un pédo-psychiatre dès le premier jour, afin qu’ils puissent libérer leur parole et dire ce qu’ils ont vraiment vécu et ressenti avant que leur entourage ne leur dise quoi que ce soit. C’est fondamental. Cela permet aussi de rendre les enfants acteurs de l’événement.

Les enfants ont-ils perçu la gravité de la situation?
Pas du tout, ils sont beaucoup trop jeunes pour avoir l'avoir perçu. Qu’ont-ils vu? Un drôle de jeune homme avec une attitude bizarre s’introduire dans leur classe, avec une arme à la main -mais eux aussi jouent avec des pistolets, ils ne voient pas forcément la différence– mais la journée a continué presque comme d’habitude. Les enfants sont très terre à terre: ils sont allés à l’école, ils ont joué à des jeux, ils ont déjeuné comme une journée normale. De plus, le preneur d’otages, apparemment, n’était pas agressif. Ils ont tout de même dû sentir l’émotion de la maîtresse.
C’est surtout la sortie de l’école qui a été difficile: il y avait beaucoup de monde, des journalistes, des policiers qui paraissent toujours être des méchants pour les petits, et leurs parents en pleurs. Les enfants ont dû se demander quelle bêtise ils avaient faite. C’est très angoissant pour un enfant de voir ses parents pleurer.

Finalement, ce sont les parents qui ont le plus souffert?
Oui, ils ont été beaucoup plus traumatisés que leurs enfants. Ils ont cru que leurs enfants allaient mourir.

>> Lire ici le témoignage d'une mère

Comment doivent-ils réagir?
C’est très difficile pour eux, ils ont été tellement angoissés. Idéalement, ils doivent écouter leurs enfants, les laisser parler, ne pas leur transmettre leur stress, ne pas changer les habitudes des enfants. Par exemple, il faudrait remettre très rapidement les enfants dans la même école. Sinon, ça valide l’idée que l’école est un danger, donc entraîne une phobie de l’école. Il faut rassurer ses enfants, leur expliquer pourquoi on pleure, pourquoi on réagit comme ça, sans leur dire tout ce qui les a menacés dans la journée. En clair, sans leur dire qu’un jeune armé menaçait de les tuer.
Quelles séquelles risquent les parents?
Ils peuvent être sujets à des syndromes post-traumatiques comme des cauchemars, des somatisations, voire des états dépressifs à plus long terme. Mais ils seront suivis par des psychiatres, d’abord en groupe puis individuellement, pour qu’ils libèrent leur parole. Celle qui peut le plus lâcher prise, c’est la maîtresse. Elle a été très pro, elle énormément pris sur elle pour apaiser le jeune homme, continuer les jeux avec les enfants, ça va sûrement être très difficile pour elle.

Et les enfants?
Les premiers signes de traumatismes sont les cauchemars. Si l’enfant dort bien dès ce lundi soir, a priori, c’est que tout ira bien. Après les troubles du sommeil, l’enfant peut se montrer très agité, même de manière euphorique. Il peut aussi souffrir de maux de ventre, qui traduisent une grande angoisse. Les enfants peuvent aussi avoir peur d’être séparés de leurs parents, un traumatisme entretenu par l’angoisse des parents. Ceux qui sont le plus touchés pourraient être sujets à une régression, quand par exemple, les enfants propres ne le sont plus, ceux qui parlent bien ne parlent plus.

*: Auteur de Le pédopsy de poche, éditions Marabout.