Prise d'otages à Besançon: «Je crois que je suis plus traumatisée que ma fille»

TEMOIGNAGE Ludivine, mère d'une petite fille de 5 ans, raconte...

Recueilli par Delphine Bancaud

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Des membres du GIPN accompagnent des enfants à l'extérieur de l'école de maternelle où une prise d'otages a eu lieu le 13 décembre 2010 à Besançon (Doubs).
Des membres du GIPN accompagnent des enfants à l'extérieur de l'école de maternelle où une prise d'otages a eu lieu le 13 décembre 2010 à Besançon (Doubs). — AFP PHOTO JEFF PACHOUD

«J’ai appris par un ami la prise d’otages à l’école maternelle que fréquente ma fille de 5 ans. Je ne voulais pas y croire, mais en regardant par la fenêtre de chez moi, j’ai constaté une forte présence policière devant l’établissement. Je me suite tout de suite précipitée sur les lieux avec mon mari, vers 9h15. J’étais prise de panique, surtout lorsque j’ai su que le preneur d’otages était armé. Sachant que ma fille est très bavarde, j’ai eu peur qu’elle l’énerve et qu’il s’en prenne à elle. Je me suis imaginée le pire. On ne s’attend pas à ce genre de fait divers dans une petite école d’une centaine d’élèves à Besançon…

Heureusement, ma fille a fait partie de la troisième vague d’enfants libérés à 9h30. Mais je ne l’ai récupérée qu’une heure plus tard après son passage par la cellule psychologique. Je l’ai serrée très fort contre moi. Elle semblait plus apeurée par la foule d’adultes et de policiers massée devant l’école que par la prise d’otages. Elle m’en a d’ailleurs très peu parlé. Elle m’a juste dit "un vilain monsieur est entré dans mon école". Elle m’a aussi précisé qu’il était jeune et que la directrice de son école lui avait demandé de courir dans la cour sans manteau, sans doute au moment où elle a été libérée. Je n’ai pas voulu lui poser trop de questions, car la psychologue m’a conseillée de la laisser venir. Je l’ai ensuite confiée à des amis et je suis revenue à l’école car j’avais besoin de voir le visage du preneur d’otages.

Je crois que je suis plus traumatisée que ma fille. Je n’arrête pas de me répéter qu’il a dû entrer à l’école ce matin en même temps que moi et que je l’ai peut-être même croisé. Une chose est sûre: Je ne remettrai pas ma fille à l’école d’ici à la fin de la semaine. Heureusement, les vacances de Noël vont nous permettre d’oublier un peu tout cela. Mais le jour de la rentrée, j’aurais quand même une boule au ventre…»