Pontoise: Procès du meurtrier présumé d'Anne-Lorraine Schmitt

JUSTICE Elle avait été poignardée dans le RER fin 2007...

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F.GUILLOT / AFP

Le procès de Thierry Devé-Oglou, accusé du meurtre de l'étudiante Anne-Lorraine Schmitt tuée de 34 coups de couteau fin 2007 dans le RER lors d'une tentative de viol, s'ouvre ce lundi aux assises de Pontoise sur fond de débat sur la récidive. En effet, l'accusé avait déjà été condamné pour un viol commis en 1995.

Le dimanche 25 novembre 2007, Anne-Lorraine Schmitt, 23 ans, était retrouvée en fin de matinée ensanglantée et inconsciente en gare de Creil (Oise) dans une rame du RER D en provenance de Paris. Elle meurt sur place quelques minutes plus tard et le drame connaît alors un très fort retentissement médiatique et politique en France.

Remis en liberté en février 1997

L'enquête conduit à un manutentionnaire, Thierry Devé-Oglou, retrouvé blessé et qui assure avoir été agressé dans le RER entre Louvres et Fosses (Val d'Oise). Mais les enquêteurs retrouvent sur lui des traces d'ADN de l'étudiante.

Son casier judiciaire révèle aux gendarmes que M. Devé-Oglou, âgé aujourd'hui de 43 ans, a été condamné en février 1996 par la cour d'assises de l'Oise à cinq ans de prison, dont deux avec sursis, pour un viol commis en janvier 1995 dans un RER sous la menace d'un couteau. Il avait été remis en liberté en février 1997.

L'homme a «pété un câble»

En garde à vue dix ans plus tard, l'homme avoue «avoir pété un câble». Voyant Anne-Lorraine Schmitt seule, il a tenté de la violer, la menaçant de son couteau. Comme elle se débattait, il l'a poignardée.

Cette fille d'un général était l'aînée d'une fratrie de cinq enfants. Décrite comme brillante et joviale, elle était étudiante en journalisme. Ce dimanche de novembre 2007, elle rejoignait sa famille pour se rendre à la messe. Son meurtre est survenu lors de l'examen par l'Assemblée nationale d'un projet de loi contre la récidive.

Un combat pour «changer la justice»

«L'auteur de cet acte sera jugé et condamné. Plus encore que cela, je ne veux pas qu'il soit remis en liberté une fois sa peine de prison effectuée», avait déclaré le président Nicolas Sarkozy, cinq jours après les faits. Le père d'Anne-Lorraine, le général Philippe Schmitt, s'est lancé dans un combat pour «changer la justice».

Il explique samedi dans Le Figaro Magazine qu'«il faut dire aux Français que, quand une cour d'assises prononce un verdict, un juge d'application des peines peut ensuite, dans le secret de son cabinet et en catimini, détricoter ce verdict à moins qu'il ne soit assorti d'une peine de sûreté».

«Ce n'est pas un lieu pour un débat idéologique»

Mais l'avocat de l'accusé, Me Mahieddine Bendaoud, «ne veu(t) pas que (son) client soit le bouc émissaire d'un système social». «La cour d'assises est un lieu qui sert à juger un dossier pénal, ce n'est pas un lieu pour un débat idéologique», a-t-il dit à l'AFP.

Thierry Devé-Oglou, fils de retraités de la RATP, est l'aîné de trois enfants. Il a grandi dans un climat harmonieux. Il dit avoir mené auprès des siens une vie routinière et sécurisante. Employé chez un négociant en bois, il avait un cercle restreint d'amis qui le trouvait «effacé».

«Lui-même n'arrive pas à expliquer son geste, pourquoi il en est arrivé là»

Après sa sortie de prison suite à sa première condamnation, Thierry Devé-Oglou n'a pas respecté son suivi psychologique. «Je m'étonne que sa liberté conditionnelle n'ait pas été révoquée dès lors qu'il ne suivait pas ces soins et ne se présentait jamais à son contrôle judiciaire», dit M. Schmitt.

«Lui-même n'arrive pas à expliquer son geste, pourquoi il en est arrivé là», a répondu l'avocat, qui décrit son client «sous tension, stressé, sous pression». «Je sais que les parties civiles ne veulent pas l'entendre mais il est rongé par le remord, c'est tout ce qu'il a à offrir», plaide Me Bendaoud.