Ile-de-France: Comment la neige a semé une telle «pagaille»

DECRYPTAGE Sur les routes, les rails et dans les airs, 20minutes.fr fait le point...

Catherine Fournier
— 
Des voitures bloquées par la neige à Clamart (Hauts-de-Seine) le 8 décembre 2010.
Des voitures bloquées par la neige à Clamart (Hauts-de-Seine) le 8 décembre 2010. — DURAND FLORENCE/SIPA

Si Brice Hortefeux s’était refusé mercredi à parler de «pagaille» sur les routes franciliennes, le mot semblait ce jeudi un doux euphémisme pour qualifier le blocage généralisé des axes de la région provoqué par les chutes de neige. Comment expliquer une telle situation? 20minutes.fr fait le point.
 
Un phénomène météorologique rare
Le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux l’a dit, Météo France confirme: On n’avait pas vu de telles chutes de neige dans la région depuis 1987, soit vingt-trois ans. Pour autant, un ingénieur de Météo France, contacté par 20minutes.fr, estime que les prévisions étaient conformes à ce qui s’est passé. «Au niveau timing, on était bon. L’Ile-de-France était en vigilance orange depuis mardi et la vigilance a été prolongée jusqu’à mercredi, avec un phénomène plus intense. Par ailleurs, les estimations prévoyaient 5 à 10 cm de neige. On a été dans la fourchette haute, puisqu’il est tombé 10 cm de neige, avec des pointes à 15 cm. Le pic s’est situé à 20 cm, très localement.»

François Fillon, le Premier ministre, n’est pas de cet avis. En déplacement à Moscou, ce jeudi, le Premier ministre a indiqué que l’Etat avait été «pris au dépourvu» car Météo France avait mal anticipé.
 
Une circulation très vite embouteillée
C’est l’argument du gouvernement. «Déjà, il y a des embouteillages en temps normal, alors quand il y a de la neige, c'est bloqué, c'est normal», a relevé auprès de l’AFP une porte-parole du secrétariat d'Etat aux Transports, ajoutant qu'«on ne peut pas arrêter la neige». Elle assure que les services de l'Etat ont «mis en place toutes les mesures habituelles».
 
Les services d’alerte auprès des automobilistes et des routiers ont fonctionné mais n’ont-ils pas été trop tardifs? «Tout le monde est parti en même temps», reconnaît Gérard Sauzet, directeur des routes d’Ile-de-France, contacté par 20minutes.fr. Soit vers 15h, juste au moment où les chutes de neige se sont intensifiées. L’interdiction de circuler pour les poids lourds a été émise en même temps, entre 15h et 16h. Beaucoup d’entre eux étaient déjà sur les routes, et ont participé au blocage du trafic, certains se retrouvant en travers des voies.
 
La salage des routes impossible avant et pendant la neige
Les axes étant complètement bloqués, impossible pour les saleuses de passer. «Dans une situation idyllique, les automobilistes auraient différé leur départ, permettant aux saleuses de passer avant», souligne Gérard Sauzet. Ce dernier rappelle en outre qu’on ne peut pas saler de manière préventive, ça ne fonctionne pas.
 
Les autres modes de transports retardés faute de personnel
Les automobilistes n’étaient pas les seuls à être bloqués mercredi et jeudi. Les passagers des trains, des métros, des bus et des avions l’étaient aussi. Si les bus ne pouvaient tout simplement pas rouler sur des voies aussi glissantes, la RATP indique dans Le Parisien que certaines lignes de métros ont été ralenties tout simplement parce que le personnel avait lui-même du mal à accéder au travail. Idem dans l’aérien. «Imaginons: les pistes sont chauffantes, toutes les conditions sont réunies pour que les avions décollent. Mais les passagers et les équipages, ils arrivent comment jusqu’à l’aéroport?», explique à 20minutes.fr Eric Héraud, porte-parole des Aéroports de Paris. Et de préciser que la situation a été particulièrement perturbée à Roissy, qui «fonctionne à flux tendu».
 
Les Franciliens n’ont pas le «réflexe» des «pneus neige»
C’est aussi l’une des explications avancées. «Ce qui s'est passé mercredi est un phénomène exceptionnel» pour un pays «tempéré» comme la France, note Gérard Sauzet. «Dans la culture des Franciliens, je ne pense pas qu'il y ait un réflexe d'utiliser des pneus neige».