Avec les bénévoles de MDM qui tentent de "préserver la dignité" des SDF

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Caparaçonnés sous plusieurs couches de vêtements, Audrey, Michel, Ali et Ibrahim vont passer la nuit sur un trottoir parisien où des bénévoles de Médecins du Monde (MDM), en plus d'un café et d'une proposition de mise à l'abri, tentent de "préserver leur dignité".

21h50, rue Ordener (XVIIIe). Le thermomètre marque 0°. Audrey, 35 ans, expulsée il y a trois ans de son logement, est debout près d'un improbable abri de couvertures accrochées sur un banc. Marceau, bénévole de MDM, lui offre un thé chaud et un croissant tout en bavardant avec elle.

Bertrand, médecin septuagénaire à la retraite, s'enquiert de sa santé et propose un abri pour la nuit. Audrey, suivie par les équipes de maraude de MDM, refuse mais accepte un duvet.

"Expulsés, migrants, sans-papiers : la plupart des sans-abri n'ont pas choisi de vivre dans la rue", explique Graciela Robert, responsable de la mission SDF de Médecins du Monde. Elle se fait véhémente : "Que veut-on faire de nos pauvres? Le problème des sans-abri n'est pas un problème saisonnier avec le froid, c'est un problème de société".

Michel, 47 ans, semble un peu perdu devant la gare Saint Lazare (IXe). En peu de temps la température est tombée de trois ou quatre degrés. Expulsé le 20 octobre de son logement insalubre, ce Réunionnais a passé la nuit précédente dans un bus de nuit de la RATP entre Paris et la banlieue.

Bertrand glisse un pain au chocolat dans son sac, Rameau lui tend un café. Aurélien, logisticien de l'équipe de maraude, joint par téléphone le Samusocial qui trouve un abri pour Michel mais ne peut le transporter.

Tout le monde se serre dans le break blanc aux couleurs de Médecins du Monde. Michel est à l'arrière, son sac serré sur les genoux, entre les duvets, les tentes, les bonnets et les écharpes. Direction "La Boulangerie", un immense dortoir, boulevard Ney (XVIIIe), qui peut accueillir 400 SDF pour la nuit mais uniquement jusqu'à 8h00 du matin.

23H10. Devant la grille, un SDF, amené par le Samusocial, refuse d'y passer la nuit et s'éloigne, son sac de plastique à la main sur le boulevard désert. Deux des bénévoles de MDM accompagnent Michel dans le bâtiment où le chauffage vient de tomber en panne. Ils vont s'assurer que le sac de Michel sera gardé à la consigne.

Enfouis sous des couvertures, trois hommes dorment sur un matelas, posé à même le sol, boulevard Sébastopol. Près d'eux, debout, Ali, un barbu à la trentaine joviale qui se dit Américain, refuse le sac de couchage mais prend le sandwich et le café de Marceau tout en plaisantant avec les bénévoles.

Minuit. Ibrahim est installé avec une demi-douzaine de sacs et de valises sous un abribus rue de Turbigo (IIe). Deux cafés plus tard, cet homme de 55 ans accepte l'aide du Samusocial, après un échange avec les bénévoles de MDM.

"Les sans-abri n'ont pas besoin que d'un café et d'un duvet. Tous, nous nous devons de préserver leur dignité", dit Graciela Robert.