Les "vraies gens", nouvelles stars du petit écran

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Qu'ils soient agriculteurs, bouchers, fleuristes ou cuisiniers, les "vraies gens" font aujourd'hui les belles soirées de la télévision qui exploite le filon de la tradition et des valeurs sûres, une sorte de télé-réalité de deuxième génération.

La palme revient à M6 avec des émissions comme "Espoir de l'année" et ses pâtissiers, ses coiffeurs, ses esthéticiennes qui incarnent "la passion du métier, l'excellence du savoir-faire, le travail acharné".

"C'est une tendance de la société actuelle", commente Nathalie Nadaud-Albertini, sociologue des médias rattachée à l'Ecole des hautes études en sciences sociales. "On entend partout +c'est la crise+ ! Comme dans toutes les périodes d'anxiété on cherche des valeurs refuge, on les trouve dans les savoir-faire hérités".

Il y a eu les stars des années 90. Puis les parfaits inconnus des débuts de la télé-réalité type "Loft" ou "Koh Lanta". Puis les inconnus devenus eux-mêmes stars, comme Moundir (ex-concurrent de "Koh Lanta" qui a présenté "L'aventurier de l'amour" sur TMC).

"L'anonyme est aujourd'hui partout", renchérit Estelle Boutière, consultante chez NPA Conseil. "Il est dans les programmes de télé-réalité, de docu-réalité, mais aussi dans les JT, il donne son avis tout le temps. Mais les artisans sont bien plus que des anonymes, ils ont une fonction ancrée dans le réel", souligne-t-elle.

Ces émissions donnent en effet la parole à des anonymes "porteurs d'une expertise et d'une légitimité professionnelle".

Estelle Boutière insiste sur la notion de "proximité". "On va tous les jours chez le boulanger ou le boucher, ces métiers nous concernent et sont particulièrement fédérateurs puisque proches de notre quotidien".

La chaîne trouve d'ailleurs son compte en valorisant les métiers manuels à travers un concours de talents, s'éloignant quelque peu d'une télé-réalité la plupart du temps futile.

Autre exemple, les agriculteurs. Depuis 2006, "L'amour est dans le pré" réalise de très bonnes audiences sur M6. "L'activité d'agriculteur est traitée de façon moins valorisante dans l'émission", juge Nathalie Nadaud-Albertini. "La vocation de l'agriculteur est mise en avant avec une dimension presque sacrificielle, de martyr: il est tellement attaché à ce qu'il fait qu'il préfère rester seul plutôt qu'abandonner son métier".

Cuisiniers et apprentis cuisiniers sont également un point fort de ce genre de programme basé sur un concours, comme pour "Oui Chef !" en 2004/2006 sur M6 ou plus récemment "Masterchef" sur TF1.

Du côté des artisans concernés, ce genre d'émissions est bienvenu. "C'est important qu'on mette en valeur les métiers de l'artisanat à la télévision parce qu'ils sont un peu dévalorisés dans les cursus d'enseignement, ça les remet à leur juste place", reconnaît Nathalie Breuil, directrice de l'école de boulangerie d'Aurillac, dans le Cantal.

France Télévisions apparaît en retrait sur le sujet. "Contrairement à ce qu'on aurait pu attendre, le groupe public n'est pas encore décomplexé à propos de la télé-réalité", observe Estelle Boutière, même si le nouveau président Rémy Pflimlin a laissé entendre qu'il n'y était pas opposé.