Une association veut faciliter les échanges entre condamnés et victimes

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Stéphane Jacquot, élu local UMP de Châtillon (Hauts-de-Seine), a officialisé mardi la création d'une association visant à faciliter les échanges (rencontres ou correspondance) entre des condamnés et leurs victimes, dans le but notamment de lutter contre la récidive.

L'Association nationale de la justice réparatrice (ANJR), présentée lors d'une conférence de presse dans les locaux du Sénat, entend favoriser des échanges entre victimes et auteurs de crimes ou de délits qu'elles ont subis, ou avec des auteurs d'infractions similaires.

"Un procès permet de comprendre le +comment+ de l'acte mais des interrogations subsistent sur le +pourquoi+", a souligné Stéphane Jacquot, pour expliquer comment ces échanges peuvent aider les victimes et leurs familles.

Quant aux auteurs d'infractions, ces échanges provoquent chez eux "une prise de conscience" de l'impact de leur acte sur la vie de leurs victimes, qui peut avoir "une répercussion positive sur la réinsertion", a-t-il ajouté.

Il a cité l'exemple de pays comme le Canada, la Nouvelle-Zélande et l'Australie, où cette pratique est développée contrairement à la France.

"Dans ces pays, il y a des résultats très satisfaisants, avec une diminution du taux de récidive", a-t-il affirmé.

Le président-fondateur de l'ANJR a expliqué s'être inspiré de son expérience personnelle. Après l'assassinat d'une amie proche en 2004, il a aidé dans ses démarches l'époux de la victime, qui souhaitait entrer en contact avec l'assassin, et s'est heurté à des "obstacles" de la part de l'Administration pénitentiaire comme d'associations de victimes.

La famille Chenu, dont le fils homosexuel avait été assassiné à Reims en 2002 par trois skinheads, et qui a correspondu pendant un an et demi avec l'un des assassins, compte parmi les membres fondateurs de l'association.

L'ANJR compte parmi ses administrateurs des politiques (l'ancienne ministre Christine Boutin, les parlementaires UMP Jean-René Lecerf et PS Serge Blisko et Dominique Raimbourg) et le magistrat Yves Charpenel, avocat général à la Cour de cassation.

Marie-José et Alain Boulay, fondateurs de l'APEV (Aide aux parents d'enfants victimes), ont participé au printemps dernier à une expérimentation à la prison de Poissy (Yvelines) organisée par l'Institut national d'aide aux victimes et de médiation (Inavem). Les familles de victimes pouvaient rencontrer des auteurs de crimes similaires à celui ayant causé la mort de leur enfant.

"Ce n'est pas une démarche de pardon, c'est une démarche de compréhension", a expliqué M. Boulay. Il a souligné que les rencontres devaient être encadrées par des psychologues, comme le prévoit l'ANJR.