Ados et Internet: Quimporte la durée pourvu que les parents gardent un oeil

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Les adolescents passent beaucoup de temps sur internet, mais il ne faut pas s'en inquiéter outre-mesure pour peu que l'activité soit encadrée, assurent les promoteurs d'une étude réalisée sur ce sujet, rendue publique ce jeudi par la Mutuelle nationale des Hospitaliers. En sixième, 30% des adolescents passent plus de trois heures par jour sur le web. En troisième, ce chiffre monte à plus de 50%. Une réalité inquiétante?

«Il ne faut pas dramatiser l'usage d'internet parce que c'est un outil qui peut être formidable quand il est bien utilisé», répond la psychologue Marion Haza qui a codirigé l'étude réalisée auprès de collégiens de Charente-Maritime. «L'important c'est que l'adolescent continue à avoir d'autres activités, continue-t-elle. La sonnette d'alarme, ce n'est pas le nombre d'heures par jour consacré à internet, c'est si les adolescents ne font plus que ça.»

Cadrer le temps passé sur Internet

«Il faut que les parents cadrent le temps passé sur Internet, souligne de son côté le psychanalyste Serge Tisseron. C'est important, notamment, qu'ils en coupent l'accès la nuit. Mais il faut aussi qu'ils s'intéressent à ce que font leurs enfants sur le web afin de ne pas avoir un regard toujours négatif. Ils risquent d'interdire des activités structurantes, de punir à tort et finalement de compliquer encore plus la relation avec leurs enfants.»

Certains adolescents (trois pour cent) passent même plus de dix heures par jour à surfer. «Ce sont ceux qui sont un peu isolés, qui ont les idées noires, qui fument du cannabis... On les retrouve beaucoup sur internet, mais ce n'est pas la cause de leur mal être, c'est un indicateur supplémentaire», analyse Marion Haza.

Différences garçons/filles

Selon la psychologue, l'étude a également un usage distinct d'Internet entre les filles, adeptes des blogs, de Facebook, et des chats, et les garçons, très portés sur les jeux et vidéos en ligne: «Les adolescentes se racontent et se mettent en scène, les garçons sont davantage dans la compétition et l'action.» Autre enseignement, les adolescents ne sont pas attirés plus que de mesure vers les sites violents ou pornographiques. Chez les garçons, ils sont ainsi plus de 70% à assurer voir «rarement» ou «jamais» de contenu classé X. Pour les contenus violents, ce taux est de près de 60%.

A ce titre, la classe de quatrième est un passage-clé. «Elle correspond à l'entrée dans la puberté, vers 13-14 ans, avec tout ce que cela réveille au niveau pulsionnel, de la sexualité, qui vient se confronter à ce qu'ils peuvent voir et chercher sur internet, explique Marion Haza. C'est un grand virage au niveau psychologique. Il faut les accompagner tout particulièrement à cet âge.»

«Les parents sont inquiets car les jeunes ont accès à un grand nombre de contenus réservés aux adultes», renchérit Serge Tisseron. «Mais il faut que les parents aient à l'esprit que le paysage audiovisuel des jeunes est le même que celui des adultes.» Selon lui, «il faut donc que les parents abordent spontanément un certain nombre de questions qu'ils pourraient juger déplacés. L'erreur, c'est de laisser croire aux enfants qu'ils seraient coupables d'avoir vu des choses. Ce n'est pas le cas et ils doivent se sentir le droit d'en parler.»