Vends kalachnikov, peu servi, pour 500 euros

BANDITISME Les armes lourdes, en provenance de l'ex-Yougoslavie, sèment la terreur en France...

Matthieu Goar

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Les armes lourdes ne sont plus l'apanage du grand banditisme.
Les armes lourdes ne sont plus l'apanage du grand banditisme. — P. MAGNIEN / 20 MINUTES

L'actualité de novembre est plombée par les armes lourdes. Vendredi, Lenny, un gamin de 11 ans, a reçu une balle de kalachnikov dans la mâchoire à Marseille. Le 19, la PJ a interpellé en région parisienne trois individus lestés de sept pistolets et de deux pistolets-mitrailleurs Uzi. Le 12, un jeune homme est tué d'une rafale de kalachnikov à Marseille. Le 9, deux hommes armés d'un fusil d'assaut braquent une bijouterie dans le Vaucluse et embarquent plus de 200.000 euros.

Les fusils d'assaut sèment la terreur

En Ile-de-France comme sur la Côte d'Azur, les fusils d'assaut sèment la terreur. Ces armes de guerre proviennent d'un marché noir alimenté par différents réseaux (des armes américaines via l'Italie, la vente sur Internet en Belgique ou en Espagne), mais la principale source est toujours l'ex-Yougoslavie. «A la fin de l'URSS, on a vu débouler par l'Allemagne les kalachnikovs que les soldats soviétiques vendaient 1.000 francs (150 euros), se rappelle un expert qui travaille pour les cours d'appel. Aujourd'hui, on retrouve des modèles de kalachnikovs plus robustes fabriquées dans les Balkans.»

A la fin des guerres de Yougoslavie, les stocks ont été récupérés par les mafias locales qui inondent depuis l'Europe de l'Ouest. Des ateliers illégaux en fabriquent toujours. «Des collègues ont interpellé chez lui, il y a trois ans, un Yougoslave qui avait 53 kalachnikovs dans son appartement», explique Frédéric Lagache, secrétaire général adjoint du syndicat Alliance. Les armes arrivent soit en pièces détachées, soit planquées dans des coffres.

Début septembre, deux Serbes ont ainsi été interpellés au volant d'un poids lourd contenant huit pistolets-mitrailleurs. Achetées entre 100 et 500 euros, les armes sont revendues cinq fois plus cher en France. Mais les tarifs semblent baisser ces dernières années (moins de 500 euros pour une kalachnikov).

«Un million d'euros à protéger»

Du coup, les armes lourdes ne sont plus l'apanage du grand banditisme et serviraient aux bandes de quartiers qui ont grandi. Dans une cité «à Tremblay-en-France [qui abritait un réseau de trafic de drogue], ils avaient quand même un million d'euros à protéger», lâche un policier.

Des armes lourdes se loueraient même pour la journée. «Il y a des armes dans les quartiers, mais tout le monde n'est pas non plus armé jusqu'aux dents», relativise le sociologue Laurent Mucchielli, spécialiste de la délinquance qui rappelle que ce phénomène a au moins une quinzaine d'années.