Gardiens de prisons: «On est de vulgaires prolétaires»

SOCIAL Un surveillant pénitentiaire explique à 20minutes.fr les raisons du mouvement de grogne...

Propos recueillis par Corentin Chauvel

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Il y a eu 105 suicides de détenus dans les prisons françaises depuis le début de l'année, un chiffre en augmentation par rapport à 2007 et 2006 mais qui reste dans la moyenne des années précédentes, a-t-on appris mercredi auprès de l'Administration pénitentiaire (AP).
Il y a eu 105 suicides de détenus dans les prisons françaises depuis le début de l'année, un chiffre en augmentation par rapport à 2007 et 2006 mais qui reste dans la moyenne des années précédentes, a-t-on appris mercredi auprès de l'Administration pénitentiaire (AP). — Philippe Huguen AFP/Archives

Une cinquantaine de prisons françaises ont été bloquées ce mercredi par des gardiens en colère contre la réforme pénitentiaire pour une deuxième journée d’action en dix jours. Un surveillant pénitentiaire du centre de détention de Bapaume (Pas-de-Calais), délégué syndical à la CGT, revient pour 20minutes.fr sur les raisons de ce mouvement.

Qu’est-ce qui ne fonctionne pas aujourd’hui au sein des établissements pénitentiaires?
C’est une histoire de budget et surtout de manque de personnel. On nous promet pour 2011 deux promotions de 500 surveillants supplémentaires, soit 1.000 créations de postes. Sauf que 800 de ces nouveaux personnels serviront à assurer les quelques tâches de la police et de la gendarmerie que l’on doit récupérer (extraction, transferts de prisonniers…) et seulement 200 viendront combler le manque d’effectifs dans les établissements.

Quelles conséquences a ce manque de personnel sur votre travail?
Il y a beaucoup de rappels de personnel, d’heures supplémentaires. L’administration ne veut plus qu’on en fasse, pour une raison de coût, mais on est obligé d’en faire une cinquantaine par mois. Le problème se pose particulièrement dans les petites maisons d’arrêt où, par manque de personnel, des surveillants enchaînent des rotations avec parfois des nuits et un seul jour de repos au lieu de deux. Et quand un agent se sent mal, l’administration n’a rien trouvé de mieux que de faire appel à des sociétés médicales pour savoir s’il mérite un arrêt maladie. Cet argent devrait plutôt être utilisé pour recruter du personnel supplémentaire.

Les solutions envisagées par le gouvernement (suppression de petites maisons d’arrêt, création de places supplémentaires…) ne vous conviennent pas?
C’est pour noyer le poisson. Nous réclamons simplement du personnel pour respecter les roulements et la qualité de vie, ainsi que la reconnaissance de la valeur du personnel et de la qualité d’exécution de notre travail. Il y a régulièrement des beaux discours, mais sur place, on est de vulgaires prolétaires. Il y a de moins en moins de discipline en prison de la part des détenus. On attend que la justice soit beaucoup plus sévère avec les actes commis à l’intérieur des établissements car on ne veut pas devenir des victimes supplémentaires.