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SOCIETEDégradation des conditions de travail: «Ce n'est pas qu'une plainte, c'est une réalité»

Dégradation des conditions de travail: «Ce n'est pas qu'une plainte, c'est une réalité»

SOCIETEEvelyne Jardin, journaliste et auteure de «Mutation et organisation du travail» (Bréal), revient pour 20minutes.fr sur le mal-être des Français...
Propos recueillis par Corentin Chauvel

Propos recueillis par Corentin Chauvel

Les Français ont mal à leur travail. 70% d’entre eux estiment que «la situation au travail s’est dégradée» ces dernières années, d’après une enquête Ipsos parue ce lundi. Principalement en cause: le stress et la charge de travail. Evelyne Jardin, journaliste et auteure de «Mutation et organisation du travail» (Bréal), confirme à 20minutes.fr cet état des lieux.

Les conditions de travail en France se sont-elles vraiment dégradées?
Oui, les informations du sondage ne sont pas surprenantes. Les conditions de travail des cadres sont impactées par l’utilisation des nouvelles technologies, qui les obligent à réagir très vite, même en dehors de leur temps de travail, et cela influe sur le stress. Pour les ouvriers et les employés, c’est différent. C’est plutôt l’augmentation des cadences qui est en cause. La France est l’un des pays où l’on travaille le moins, mais où la productivité est la plus élevée, grâce à des cadences élevées. Sans oublier la flexibilité du temps de travail, qui a augmenté et donne beaucoup moins de contrôle aux gens sur leur travail.

D’autres facteurs que le travail en lui-même existent-ils?
Oui, l’environnement également impacte sur le bien-être. Il y a par exemple les temps de transports qui se sont allongés, notamment en région parisienne, l’urbanisation, les lieux de travail qui ne correspondent plus au lieu de vie. Dans une société rurale, on travaille sur son lieu de vie alors que dans une société urbaine, les deux sont complètement disjoints.

Quelle est la génération la plus touchée par ce mal-être?
C’est la génération des 30-45 ans qui subit tout parce que c’est la plus active (le taux d'emploi est de 82% pour les 25-54 ans en France), la plus en charge des enfants, celle qui a le plus de responsabilités. En France, tout est concentré sur cette tranche d’âge à cause d’une mauvaise répartition du temps de travail.

Quelles solutions peuvent être trouvées pour y remédier?
Aux Pays-Bas, au Danemark, par exemple, on valorise le temps partiel (26% des travailleurs au Danemark, 48% aux Pays-Bas contre 17% en France), y compris pour les cadres, ça peut être une solution. Ou alors le développement du télétravail, qui limite le temps de déplacement. Dans les pays nordiques, où cela est très répandu, les gens travaillent parfois un à deux jours chez eux dans la semaine.

Les prochaines générations connaîtront-elles les mêmes difficultés?
Avec leur arrivée et le développement des nouvelles technologies, les choses vont changer dans les ressources humaines, les gens seront gérés différemment avec ces nouvelles formes de travail (le télétravail par exemple…). Car les jeunes générations ne vont pas s’impliquer autant dans le travail que leurs aînés. Elles subissent le chômage et la précarité, leur attachement à la valeur travail est donc moins fort. Au contraire, les jeunes sont assez versés vers la famille, vers des valeurs quine sont pas celles du travail. Pour eux, il n’y a pas que le travail qui compte.

Les Français travaillent moins que dans d’autres pays. Ont-ils raison de se plaindre?
Il est vrai que les Français ont la sensation de travailler à fond, alors qu’ils bénéficient de beaucoup plus de congés qu’aux Etats-Unis par exemple, où la pression est assez forte et où les conditions de travail se sont tout autant dégradées. Cependant, on a toujours raison de se plaindre pour faire avancer les choses et des pays nous montrent la voie. De plus, ce n’est pas qu’une plainte, c’est aussi une réalité.

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