Les traversées de la Manche à la nage victimes de leur succès

© 2010 AFP

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L'engouement pour les traversées de la Manche à la nage, "Everest de la natation" qui a engendré un véritable business en Angleterre, pose des problèmes de sécurité dans l'un des détroits les plus fréquentés au monde et embarrasse les autorités françaises.
L'engouement pour les traversées de la Manche à la nage, "Everest de la natation" qui a engendré un véritable business en Angleterre, pose des problèmes de sécurité dans l'un des détroits les plus fréquentés au monde et embarrasse les autorités françaises. — Jeremy Croizon afp.com

L'engouement pour les traversées de la Manche à la nage, "Everest de la natation" qui a engendré un véritable business en Angleterre, pose des problèmes de sécurité dans l'un des détroits les plus fréquentés au monde et embarrasse les autorités françaises.

"La densité du trafic est dangereuse pour les nageurs", explique la lieutenant de vaisseau Christelle Haar, porte-parole de la préfecture maritime de la Manche et de la Mer du Nord.

Depuis la première traversée, qui date de 1875, aucun accident n'est à déplorer. Mais le détroit du Pas-de-Calais est une autoroute maritime, par laquelle passent quotidiennement des centaines de navires (40.000 à 45.000 par an pour le seul rail de circulation montant, surveillé par les autorités hexagonales). Il convient d'y ajouter les quelque 200 rotations transmanche quotidiennes.

Pour autant, les autorités françaises n'envisagent pas de demander à leurs homologues britanniques d'interdire les traversées, qui ne sont autorisées qu'au départ de l'Angleterre. Aucun fondement juridique ne le permet, et le sujet est sensible, ces traversées servant parfois pour des associations caritatives.

Pour la saison 2010, qui s'étalait de juin à la fin septembre, pas moins de 260 traversées - au plus court, 33 kilomètres - ou tentatives ont été recensées.

Récemment, Chris Newey, directeur du trafic passagers de la compagnie de ferries DFDS, assurant des liaisons Douvres-Dunkerque, a souhaité dans le Guardian que les traversées soient encadrées par les garde-côtes anglais plutôt que par les deux associations agréées.

"Il y a de très nombreuses mesures de sécurité", fait valoir Mike Oram, secrétaire de l'une d'elles, la Channel swimming and piloting federation. Les bateaux agréées disposent en effet d'un système de radar qui permet de les identifier et de connaître leur position.

Philippe Croizon, nageur amputé des quatre membres, n'a "ressenti aucun danger" lors de sa traversée, qu'il a accomplie le 18 septembre.

"Le jour où je suis parti, il y avait 12 nageurs. J'imagine que 12 bateaux avec des nageurs qui nagent à des vitesses différentes, ça doit foutre un bordel pas possible", reconnaît-il toutefois.

Pour les "pilotes" des bateaux qui escortent les nageurs pendant leur traversée, "c'est un business énorme", estime ce nageur de 42 ans, qui pour réaliser son exploit a dû trouver au dernier moment un bateau, car celui qu'il avait réservé depuis deux ans lui a finalement laissé un créneau peu favorable. Il a finalement payé deux fois 3.000 euros.

"Bien sûr qu'ils en profitent", estime Philippe Croizon. "Il y a des gens qui viennent du monde entier, c'est l'épreuve emblématique de la natation longue distance dans le monde".

"Il ne s'agit pas d'une activité très lucrative", estime au contraire Mike Oram. "Je peux faire autant d'argent avec mon bateau sans faire de traversées de la Manche à la nage", explique M. Oram, qui dirige par ailleurs une école de navigation.

Jacques Tusset, représentant en France de l'association, plaide pour un retour à un nombre "raisonnable" de traversées, une centaine par an.

Selon lui, auparavant, les postulants "étaient vraiment des marathoniens, maintenant, tout le monde veut traverser".

Ces quatre dernières années, la federation a dû refuser 30 à 40 nageurs par an.

Selon Jacques Tusset, "si vous vous inscrivez maintenant, c'est pour 2014".