Préservatif: un pas très attendu qui infléchit l'image de Benoît XVI

© 2010 AFP

— 

L'ouverture du pape Benoît XVI à l'utilisation du préservatif "dans certains cas" constitue un pas très attendu, loin de son image de pape ultra-conservateur, même s'il ne remet pas en cause l'opposition de l'Eglise à ce moyen de contraception, selon les experts.
L'ouverture du pape Benoît XVI à l'utilisation du préservatif "dans certains cas" constitue un pas très attendu, loin de son image de pape ultra-conservateur, même s'il ne remet pas en cause l'opposition de l'Eglise à ce moyen de contraception, selon les experts. — - afp.com

L'ouverture du pape Benoît XVI à l'utilisation du préservatif "dans certains cas" constitue un pas très attendu, loin de son image de pape ultra-conservateur, même s'il ne remet pas en cause l'opposition de l'Eglise à ce moyen de contraception, selon les experts.

Dans un livre d'entretiens "Lumière du monde", qui sort mardi en Allemagne et en Italie, le pape a admis pour la première fois l'utilisation du préservatif "dans certains cas", "pour réduire les risques de contamination" du virus du sida.

"Le pape a fait un pas qui était mûr et attendu aussi bien parmi les théologiens que parmi les conférences épiscopales", relève le vaticaniste Luigi Accatoli du Corriere della Sera.

L'an dernier, lors du synode sur l'Afrique, continent dévasté par la pandémie de sida, le cardinal ghanéen Peter Kodwo Appiah Turckson avait défendu l'usage du préservatif, en particulier quand un membre d'un couple est contaminé. De nombreuses voix s'élevaient en ce sens dans le monde catholique de ce continent, dont sont issus pas moins de quatre des nouveaux cardinaux consacrés ce week-end.

Jusqu'ici, le Vatican, opposé à toute forme de contraception autre que l'abstinence, réprouvait l'usage du préservatif même pour prévenir la transmission de maladies. En mars 2009, Benoît XVI avait soulevé une immense polémique en déclarant, lors d'un voyage au Cameroun et en Angola, que l'utilisation du préservatif "aggravait" le problème du sida.

"Cette fois-ci le pape semble avoir parlé davantage comme pasteur, donc avec davantage de tolérance, que comme chef de l'Eglise. C'est un discours qu'il n'aurait pas pu tenir de manière officielle, formelle", a estimé pour l'AFP le vaticaniste Bruno Bartoloni.

Pour Marco Politi, du Fatto quotidiano (gauche), il s'agit d'"un changement radical", qui "démontre que la diabolisation absolue du préservatif exprimée durant son voyage en Afrique était une impasse, qui n'était soutenable ni scientifiquement, ni théologiquement, ni moralement".

Politi s'étonne toutefois devant l'AFP que le pape ait fait ses déclarations dans un livre, qui semble vouloir "réparer les dégâts médiatiques des crises" de ces cinq années de pontificat et "relancer son image".

Même écho chez Giancarlo Zizola de la Repubblica, pour lequel les positions prises par Benoît XVI dans ce livre -non seulement sur le préservatif mais aussi sur la pédophilie ou les relations avec les musulmans-, "suffisent, même si ce n'est que d'une manière provisoire, à réviser le stéréotype du +berger allemand+". "Il en ressort un portrait plus problématique et complexe de (Joseph) Ratzinger qui démontre avoir appris de ses propres erreurs de parcours", juge-t-il.

Reste que les propos de Benoît XVI "ne changent pas la doctrine en soi, la morale catholique reste opposée à l'usage du préservatif", tranche Giovanni Maria Vian, directeur de l'Osservatore Romano, le quotidien du Vatican.

Dans l'ouvrage, le pape ne cite d'ailleurs qu'un cas pour lequel il admet le préservatif : celui d'un prostitué dans la version allemande, une prostituée dans la version italienne. "Ce dont le souverain pontife parle est un acte de charité et il n'en découle aucune conséquence destructrice pour la doctrine. Benoît XVI parle de l'utilisation du préservatif non pas à des fins de contraception mais comme charité (...) pour éviter la contagion", relève Vittorio Messori, un écrivain catholique, proche de Benoît XVI.

Pour lui, "le pape fait référence à un acte juste tandis que l'interdiction d'utiliser le préservatif est liée à la condamnation de la contraception et n'a rien à voir avec le danger de contagion".