Espagne : la tombe de Franco inaccessible pour le 35e anniversaire de sa mort

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Les nostalgiques de Franco célèbrent samedi le 35e anniversaire de sa mort, sans pouvoir assister à la messe qui sera célébrée dans la basilique du Valle de los Caidos, où est enterré l'ex-dictateur espagnol, inaccessible pour cause de travaux.
Les nostalgiques de Franco célèbrent samedi le 35e anniversaire de sa mort, sans pouvoir assister à la messe qui sera célébrée dans la basilique du Valle de los Caidos, où est enterré l'ex-dictateur espagnol, inaccessible pour cause de travaux. — Philippe Desmazes afp.com

Les nostalgiques de Franco célèbrent samedi le 35e anniversaire de sa mort, sans pouvoir assister à la messe qui sera célébrée dans la basilique du Valle de los Caidos, où est enterré l'ex-dictateur espagnol, inaccessible pour cause de travaux.

Depuis avril, le Patrimoine national, qui gère une partie des monuments espagnols, a bloqué l'accès à l'austère mausolée, creusé à flanc de montagne à une cinquantaine de kilomètres au nord de Madrid, en invoquant des risques pour la sécurité en raison de travaux de rénovation.

Les moines bénédictins installés dans l'abbaye célébreront donc en l'absence de fidèles la messe à la mémoire de Francisco Franco, mort le 20 novembre 1975, et de son mentor, Jose Antonio Primo de Rivera, disparu le 20 novembre 1936 et enterré au Valle de los Caidos.

"Nous allons prier pour le fondateur des lieux et pour Primo de Rivera. Les fidèles ne pourront pas assister à la messe, apparemment pour des raisons de sécurité", a expliqué à l'AFP l'abbé de la communauté, le père Anselmo Alvarez, 78 ans.

Les moines ont en revanche pris l'habitude, depuis quelques semaines, de célébrer le dimanche une messe en plein air, à l'entrée du site, dont la dernière le 14 novembre a réuni plusieurs milliers de fidèles.

Commandé par Franco qui a lui-même participé à sa conception architecturale, consacré par le pape Jean XXIII en 1960, le Valle a été construit entre 1940 et 1958 pour abriter les tombes des victimes de la Guerre civile (1936-39).

Entre 40.000 et 60.000 personnes seraient enterrées dans les cryptes aménagées au fond de la basilique.

Mais pour beaucoup d'Espagnols, le monument surmonté d'une croix de granit de 150 mètres de hauteur, construit en partie par des prisonniers politiques condamnés aux travaux forcés, symbolise le souvenir le plus puissant et le plus controversé de l'ère franquiste.

Les fidèles de Franco ont continué à s'y rassembler après sa mort. Jusqu'à ce qu'une loi votée en 2007 sous l'impulsion du chef du gouvernement socialiste Jose Luis Rodriguez Zapatero, dont le grand-père fut tué par les franquistes, n'interdise tout rassemblement politique sur le site.

Samedi et dimanche, franquistes et antifranquistes se croiseront à l'occasion de différents rassemblements à Madrid et au Valle de Los Caidos.

Ainsi, le Forum pour la Mémoire, qui se consacre à l'identification des victimes de la Guerre civile, appelle ses sympathisants à se réunir samedi à l'entrée du site.

"Le Valle de los Caidos est une horreur dont l'existence au coeur du pays est inconcevable", affirme cette association, qui réclame sa transformation en mémorial dédié aux victimes du franquisme, le transfert des tombes de Franco et de Primo de Rivera et la destruction de la croix géante.

Mais la fondation Franco, dirigée par la fille de l'ex-dictateur, Carmen, accuse le gouvernement de vouloir, sous couvert de travaux, empêcher les célébrations.

"Il s'agit d'un monument religieux et le fait que Franco et Primo de Rivera y soient inhumés n'y change rien. C'est le seul gouvernement occidental qui ferme un lieu de culte", affirme Emilio de Miguel, un de ses responsables.

Le groupe conservateur Hazte Oir - Fais-toi entendre - a fait circuler une pétition qui a recueilli plus de 40.000 signatures pour demander la réouverture du mausolée, arguant d'une fermeture "arbitraire", en violation de la Constitution qui garantit la liberté de culte.

Concepcion Rodrigo, une porte-parole du groupe des Amis du Valle, estime elle que le débat doit être laissé au "jugement des historiens". "Quelle qu'ait été leur vie, ils sont aujourd'hui morts", remarque-t-elle. "La famille veut prier pour le repos de leur âme, tout le reste n'est que l'histoire".