Compagnonnage: une tradition française, mélange d'excellence et de rites

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Inscrit au patrimoine immatériel de l'Unesco, le compagnonnage, tradition française de transmission de savoir-faire, attire par son label d'excellence les jeunes qui sont tenus d'intégrer aussi une communauté d'initiés, dotée de règles morales et de rites.
Inscrit au patrimoine immatériel de l'Unesco, le compagnonnage, tradition française de transmission de savoir-faire, attire par son label d'excellence les jeunes qui sont tenus d'intégrer aussi une communauté d'initiés, dotée de règles morales et de rites. — Remy Gabalda afp.com

Inscrit au patrimoine immatériel de l'Unesco, le compagnonnage, tradition française de transmission de savoir-faire, attire par son label d'excellence les jeunes qui sont tenus d'intégrer aussi une communauté d'initiés, dotée de règles morales et de rites.

La reconnaissance par l'Unesco "permettra une meilleure connaissance du compagnonnage et attirera davantage les jeunes", se réjouit auprès de l'AFP, Daniel Le Stanc, des Compagnons du Devoir, l'une des trois associations de compagnonnage.

La mode de l'artisanat et le chômage de masse qui pénalise les jeunes ravivent le compagnonnage: "il y a bien plus de jeunes qui frappent à sa porte en raison de la valeur ajoutée du titre de compagnon" de "sa marque d'excellence" et de son "réseau" pouvant faciliter l'embauche, souligne Nicolas Adell-Gombert, proche des associations.

Les Compagnons du Devoir se targuent de voir 94% des 6.000 apprentis qu'ils forment chaque année (dans plus de 20 métiers comme boulanger, ébéniste, mécanicien, tailleur de pierre, peintre), trouver un emploi l'issue de la formation.

Le compagnonnage est essentiellement une affaire d'hommes, puisque seuls les Compagnons du Devoir ont commencé à accueillir les femmes. Elles sont actuellement 600 sur 15.000 membres, selon M. Le Stanc. La Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment, regroupe, elle, quelque 5.000 membres (une vingtaine de métiers) et l'Union compagnonnique un millier de cotisants et un fort contingent de cuisiniers, dont des stars comme Joël Robuchon.

"Un jeune qui rentre en compagnonnage c'est d'abord pour apprendre un métier. 99% d'entre eux n'ont pas connaissance des rites initiatiques", souligne-t-il. Ils vont très vite suivre les étapes, "très symboliques": "adoption, réception, finition".

"Les règles initiatiques sont simples: le compagnonnage c'est un savoir-faire et un savoir-être" explique M. Le Stanc. Les compagnons sont tenus à des "règles morales" comme "l'honnêteté, la droiture, la justice".

Après une prise de contact (adoption), "l'aspirant" (ou "affilié") va entamer son "tour de France", soit une vie en communauté dans des "maisons", avec travail en entreprise le jour et cours le soir. Les Compagnons du Devoir ont un réseau de plus de 43.000 entreprises partenaires.

Après plusieurs années (4 ans en moyenne) arrive le grand moment de "la réception" où l'aspirant présente un "chef d'oeuvre" dans sa spécialité et est intégré. L'étape ultime -pour ceux qui réussissent - est la "finition", le compagnon pouvant alors transmettre aux jeunes les légendes, le sens des couleurs et des symboles, le savoir ésotérique.

"Les rituels d'initiation sont un secret très bien gardé", souligne M. Adell-Gombert.

Entravent-ils le recrutement? "Le rituel est indissociable de la transmission", "c'est sacraliser le métier en y associant des valeurs" comme la communauté et le voyage, souligne l'historien François Icher, auteur des "Compagnons du Tour de France" (éditions de la Martinière).

Pour lui, le compagnonnage est "la relation entre l'homme et le métier", et ne relève ni du religieux ni du politique, qui ont toutefois marqué son histoire. Tradition quasi-millénaire, née dans "la contestation du système corporatif" et "empruntant ses valeurs aux bâtisseurs des cathédrales", le compagnonnage a connu une histoire chaotique, souligne-t-il.

Donné pour mort au début du XXe siècle, il a ressuscité "depuis les années 1950 et 1970" grâce à la formation professionnelle, qui lui a permis de bénéficier de "subventions" et de "mailler le territoire", souligne cet historien. Selon lui, le compagnonnage doit sa survie à sa capacité à "s'adapter" à l'évolution de la société.