Jean-Pierre Havrin: «La police ne peut pas rester l'ennemi de la population»

ENTRETIEN L'adjoint au maire de Toulouse, chargé de la sécurité, appelle au retour de la police de proximité...

Propos recueillis par Corentin Chauvel

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Editions Gawsewitch / Balland / Esprit des Péninsules

«Il a détruit la police de proximité.» C’est le titre du nouvel ouvrage de Jean-Pierre Havrin, publié ce jeudi aux éditions Jean-Claude Gawsewitch. «Il», c’est Nicolas Sarkozy, que l’adjoint au maire socialiste de Toulouse, chargé de la sécurité, ne porte pas dans son coeur. Début 2003, en poste à Toulouse en tant que directeur départemental de la Sécurité publique, il est démis de ses fonctions par Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur. Avec lui s’éteint la police de proximité qu’il avait contribué à créer sous le gouvernement de Lionel Jospin. Il répond à 20minutes.fr.

Pourquoi avez-vous créé la police de proximité? Quel intérêt représente-t-elle vis à vis de la population et de la sécurité?
Au bout de 35 ans de police, j’étais convaincu que les forces de l'ordre devaient être proches de la population. La police de proximité a renforcé le lien avec les habitants et s’est rendue efficace parce qu’elle était ciblée et plus utile pour obtenir des renseignements. Quand la prévention est efficace, la répression l’est tout autant.

En quoi «organiser un match de rugby pour les jeunes» participe au maintien de l’ordre?
Une semaine avant la visite de Nicolas Sarkozy à Toulouse en février 2003, l’une de ses conseillères est venue préparer son voyage. Elle nous a demandé de lui parler de notre action de prévention. Pour illustrer, on lui a dit que les policiers en étaient arrivés à faire, sur leur temps personnel, des matches de foot ou de rugby avec les jeunes alors qu’on ne pensait jamais arriver à faire ça. Quand Nicolas Sarkozy a déclaré cette fameuse phrase, on a pris cela pour une grosse plaisanterie, un contre-pied total. Il croit qu’on est assez cons pour confondre notre métier avec celui d’assistante sociale. Mais Toulouse était symbolique, la vitrine de la police de proximité.

Depuis, les Uteq ont été créées, est-ce une forme de police de proximité? Un retour en arrière du gouvernement?
Avec les Uteq, on est revenu à des bonnes choses. Il y a une notion de territoire, mais les gardiens de la paix sont habillés en Robocop. Les gars des quartiers n’ont pas envie de leur parler. C’est donc une forme de retour à la police de proximité, mais imparfaite. Aujourd’hui, on traite encore la sécurité globalement et on n’a pas les moyens pour recréer le lien avec les habitants. Or, la police ne peut pas rester l’ennemi de la population.

Quelles limites voyez-vous au projet sécuritaire de Nicolas Sarkozy, notamment la politique du chiffre?
C’est un échec total. Nicolas Sarkozy a beaucoup insisté sur la sécurité, mais les choses s’aggravent. La culture du résultat n’est bonne que pour le pouvoir. Les policiers doivent choisir leurs missions pour satisfaire les statistiques et d’autres ne sont pas traitées. C’est grave. Je pense qu’il faudrait prendre plus en compte le taux de satisfaction des gens plutôt que le taux d’élucidation des crimes. Est-ce que la police est au service du citoyen ou du pouvoir?

Le Parti socialiste (PS), qu’on considère généralement comme frileux sur les questions de sécurité s’est positionné cette semaine sur le sujet. Qu’en pensez-vous?
J’étais au forum de Créteil mercredi et j’ai été très heureux du discours de Martine Aubry, j’aurais pu l’écrire. Le PS n’a plus de complexe pour parler de sécurité, il est largement aussi légitime que la droite sur ce sujet. Mais ce qui compte, ce sont les solutions qu’on apporte. Ce qui est important, c’est la police de territoire, la répression ciblée.