Une cellule psychologique, comment ça marche?

SANTE Après l'immolation par le feu d'un élève à Bordeaux, 20minutes.fr fait le point...

Catherine Fournier
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Des membres du Samu et d'une cellule psychologique s'entretiennent, le 7 janvier 2008 à Déservillers, après l'exploration de secouristes  pour  aller chercher six spéléologues surpris par la monté des eaux.
Des membres du Samu et d'une cellule psychologique s'entretiennent, le 7 janvier 2008 à Déservillers, après l'exploration de secouristes pour aller chercher six spéléologues surpris par la monté des eaux. — AFP PHOTO / JEFF PACHOUD

«Une cellule psychologique a été mise en place.» A l'occasion d'un fait divers, d'un attentat, d'un accident ou de tout autre événement traumatisant, cette phrase est reprise en choeur dans les communiqués et les médias. L'immolation par le feu d'un lycéen à Bordeaux, mercredi, en est l'illustration. Les autres élèves et les enseignants ont tout de suite été pris en charge par des professionnels au sein même de l'établissement. Qu'est-ce qu'une cellule psychologique? A quoi sert-elle? Qui intervient dans ce type de structure? 20minutes.fr fait le point.
 
Depuis quand les cellules psychologiques existent-elles en France?
Depuis 1995 et les attentats du RER B. A la demande de Jacques Chirac, Xavier Emmanuelli, secrétaire d'Etat à l'action humanitaire d'urgence, a créé les cellules d'urgence médico-psychologiques (Cump), avec l'aide de Louis Crocq, spécialiste des névroses de guerre. Ces cellules ont vocation à prendre en charge un groupe de personnes victimes d'un stress post-traumatique ainsi que les sauveteurs qui interviennent sur les lieux d'une catastrophe, d'un accident ou d'un attentat.
 
Comment fonctionnent-elles?
La situation varie selon les départements. Au départ, sept cellules permanentes ont été créées à Marseille, Toulouse, Nantes, Lille, Lyon, Nancy et Paris. Puis, petit à petit, chaque département s'est doté d'une Cump, rattachée au Samu et localisée dans un hôpital. Elle se compose d'un psychiatre-référent, nommé par le préfet, d'un psychologue et/ou d'un infirmier et d'un secrétaire, tous à mi-temps et bénévoles. Une liste de volontaires, formés et prêts à intervenir à n'importe quel moment, est également établie. En Seine-et-Marne, par exemple, la Cump compte 87 volontaires.
 
«Le problème, c’est que certaines Cump fonctionnent très bien et d'autres non, relève Marie-Christine Millequand, fondatrice de l'association Traumapsy. Des gens tombent des nues parce qu'ils sont nommés référents d'une cellule alors qu'ils n'ont aucune compétence en matière de psycho-traumatisme.» Une formation dans ce domaine est en effet nécessaire. Et d'ajouter: «La France manque déjà de psychiatres, alors en trouver qui vont travailler bénévolement pour une cellule psychologique, c'est compliqué.»
 
Comment se passe la prise en charge psychologique?
Elle est activée par le Samu ou le préfet lorsqu'un groupe de personnes est confronté à un événement traumatisant. Les professionnels appelés sur place interviennent sur les lieux du drame, soit dans un poste médical avancé, en cas d'attentat par exemple, soit dans des salles réquisitionnées pour l'occasion. A Bordeaux, une salle d'étude a été transformée en salle d'accueil et d'écoute pour les élèves et les enseignants.
 
«On organise des groupes de huit personnes environ, pris en charge par au moins deux professionnels, explique à 20minutes.fr Isabelle Jaffrezou, infirmière psychiatrique de la Cump de Seine-et-Marne. On procède à ce qu'on appelle le «defusing», soit le déchocage psychologique.» L'idée est de reconnecter à la réalité les témoins d'un drame, par une présence rassurante et une mise en mots de ce qui vient de se passer. «On n'est pas dans la thérapie, on est surtout là pour repérer des gens qui n'iraient vraiment pas bien», précise Isabelle Jaffrezou. Ces derniers peuvent être vus individuellement.

Et après?
Un deuxième rendez-vous  avec la cellule psychologique peut aussi être proposé, une semaine ou quinze jours plus tard. Il s'agit du «debriefing». «Là, on voit si des symptômes sont apparus ou pas et on aborde un peu plus profondément l'émotion», poursuit l'infirmière. Ensuite, les personnes qui le nécessitent sont orientées vers d'autres professionnels pour des consultations individuelles. Chaque département compte également une consultation de psycho-traumatisme, rattachée à la Cump.