En Espagne, la lente recherche des disparus du franquisme

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Avec un soin infini, armés de pinceaux et de petits burins, les archéologues découvrent un à un les os ensevelis depuis plus de 70 ans sous la terre à Calzada de Oropesa, dans l'espoir d'identifier de nouvelles victimes de la Guerre civile espagnole.
Avec un soin infini, armés de pinceaux et de petits burins, les archéologues découvrent un à un les os ensevelis depuis plus de 70 ans sous la terre à Calzada de Oropesa, dans l'espoir d'identifier de nouvelles victimes de la Guerre civile espagnole. — Pedro Armestre AFP

Avec un soin infini, armés de pinceaux et de petits burins, les archéologues découvrent un à un les os ensevelis depuis plus de 70 ans sous la terre à Calzada de Oropesa, dans l'espoir d'identifier de nouvelles victimes de la Guerre civile espagnole.

Depuis dix ans, les bénévoles et pionniers de l'Association pour la récupération de la mémoire historique (ARMH) ont ouvert plus de 150 fosses et exhumé 1.500 cadavres, dans leur quête d'une vérité qui n'émerge que pas à pas 35 ans après la mort de Francisco Franco, le 20 novembre 1975.

"Ce travail avance très lentement, avec peu de moyens", explique à l'AFP son vice-président Santiago Macias, regrettant l'insuffisance des fonds publics et les réticences de la justice.

Sur un terrain vague de Calzada de Oropesa, dans le centre de l'Espagne, les archéologues viennent d'exhumer les restes de sept villageois fusillés en novembre 1936 par les franquistes, quatre mois après le début de la Guerre civile (1936-39).

Paula Polo Gonzalez, 78 ans, avait quatre ans à la mort de son père Lorenzo. La vieille femme vêtue de noir, soutenue par ses deux petites-filles, s'approche de la fosse: "Je suis contente, même si je me souviens à peine de lui. Enfin nous allons pouvoir les enterrer".

A 13 kilomètres de là, dans le village de Las Ventas de San Julian, où vivaient les fusillés, Heliberto Gutierrez se souvient lui aussi.

"Ils ont dit à mon père: va t'en, ils vont te tuer", raconte Heliberto, 84 ans, qui évoque un règlement de comptes contre les sept hommes, dont son père Manuel, exécuté pour avoir "volé une vache ou deux" et les avoir données à des miliciens républicains.

Il y a six ans, les petites-filles de Paula Polo Gonzalez, Patricia et Ana Maria Jimenez, ont décidé de partir à la recherche de leur arrière grand-père. La fosse a été localisée grâce au témoignage de Lucio, un villageois de 93 ans qui pendant des années a vécu à 200 mètres de là. "On racontait que les hommes de Las Ventas se trouvaient là", confie-t-il.

Grâce à un détecteur de métaux, les bénévoles de l'association ont repéré une concentration de balles sous la terre.

"Les projectiles étaient tous ensemble, quelques uns sont des coups de grâce", explique René Pacheco, l'archéologue qui dirige le chantier, en montrant des balles écrasées, comme tirées tout près du sol.

Il sera sans doute très difficile d'identifier les corps, après des décennies sous la terre argileuse.

"Les familles le savent et elles les enterreront sans doute tous ensemble au cimetière de San Julian", ajoute l'archéologue selon qui "entre 105.000 et 130.000 disparus" se trouveraient encore dans les fosses communes.

Santiago Macias regrette que la loi sur la réhabilitation de la mémoire des victimes du franquisme de 2007, n'aide pas davantage le travail d'exhumation.

Sur 19,4 millions d'euros consacrés par le gouvernement pour sa mise en oeuvre, 5,9 M ont été aux exhumations.

M. Macias déplore aussi l'absence fréquente des juges, pourtant prévue par la législation, à l'ouverture des fosses.

Le flou sur la juridiction compétente en ce domaine, locale ou nationale, explique en partie les réticences de la justice. Tout comme les poursuites contre le juge Baltasar Garzon, en attente de jugement pour avoir voulu enquêter sur les disparus de la guerre civile et du franquisme malgré une loi d'amnistie générale votée en 1977.

Malgré ces obstacles, M. Macias veut croire que le travail se poursuivra : beaucoup de jeunes se lancent et cela "ne s'achèvera pas avec la mort de leurs parents mais au contraire se transmettra. On ne peut pas faire comme s'il ne s'était rien passé".