1,5 million de personnes en situation de pauvreté en 2009

SOCIAL C'est 2,1% de plus qu'en 2008...

C.C. avec Reuters

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Avec le regain du grand froid attendu dans la nuit de mardi à mercredi sur pratiquement tout l'Hexagone, pouvoirs publics et associations renforcent encore leur mobilisation pour porter secours aux sans-abri.
Avec le regain du grand froid attendu dans la nuit de mardi à mercredi sur pratiquement tout l'Hexagone, pouvoirs publics et associations renforcent encore leur mobilisation pour porter secours aux sans-abri. — Stéphane de Sakutin AFP/Archives

De plus en plus de pauvres, souvent jeunes, étranglés par des fins de mois difficiles: tel est le constat dressé par un rapport du Secours catholique publié ce mardi sur l'année 2009 en France, celle de la crise.

Après une baisse observée en 2007, le nombre de situations de pauvreté constatées par l'organisation a augmenté de 2,1% l'an dernier pour la seconde année consécutive, représentant 1,48 million de personnes.

De plus en plus de jeunes touchés

«La crise socio-économique et l'impact sur l'emploi rendent encore plus incertaine l'amélioration des conditions de vie et fragilise davantage les personnes», notent les auteurs du rapport. Dans 94% des cas, les personnes aidées vivent sous le seuil de pauvreté, établi à 950 euros par mois. Près d'un tiers (29%) sont de nationalité étrangère.

Si les familles monoparentales sont largement représentées, la part des couples avec enfants augmente: 21,8% des situations rencontrées, contre 20,5% en 2008. «Lorsqu'un des deux adultes perd son emploi, la famille peut se trouver rapidement en difficulté», dit le rapport. La pauvreté en France touche également de plus en plus de jeunes: 11% ont moins de 25 ans, la moitié a moins de 40 ans.

Le RSA n’a pas changé la donne

Phénomène nouveau, les actifs représentent 62% des personnes accueillies, dont 41,9% cherchent un emploi. «Ce sont des gens qui ont des revenus et qui, en d'autres temps, ne seraient pas venus nous voir», a déclaré François Soulage, président du Secours catholique.

Le revenu de solidarité active (RSA), créé en 2008 pour rendre l'emploi plus attractif, n'a pas changé la donne. «En juin 2010, le RSA activité a concerné 174.000 personnes. Or, on pensait qu'il y en aurait 600.000 ou 700.000. Nous avons constaté que plus de la moitié des personnes dont on sait qu'elles pourraient le demander ne le font pas», note François Soulage.

«Pas une famille qui ne soit en déficit en fin de mois»

Un dysfonctionnement que les associations caritatives mettent sur le compte d'un système intrusif et trop compliqué. «Les gens disent je préfère garder le revenu que j'ai aujourd'hui même si c'est un revenu faible et non déclaré car au moins je peux compter dessus, et ça c'est très grave», dit François Soulage.

Le Secours catholique a tenté de mieux comprendre la situation des personnes en difficulté en analysant en détail le budget mensuel de 1.163 foyers. «Nous avons été surpris par le résultat: pas une famille qui ne soit en déficit en fin de mois», dit François Soulage. «Ils n'ont aucun degré de liberté», ajoute-t-il.  

Un manque d’information sur les dispositifs d’aide

Les frais incompressibles, tels que le logement, l'énergie, le transport, ceux liés aux enfants, représentent pour les ménages en difficulté une part très élevée de leur budget, de l'ordre des deux tiers. A cela s'ajoutent les dépenses dites «souples» comme l'alimentation et l'habillement puis les dépenses dites exceptionnelles qui concernent la santé, l'entretien du logement et du véhicule.

«En l'absence de revenus complémentaires, aucun des ménages que nous aidons ne peut faire face, sans basculer dans l'endettement, à ces charges exceptionnelles», notent les auteurs du rapport. Pour faire face, les ménages sont obligés de se débrouiller par tous les moyens en faisant appel aux associations caritatives, à leur famille ou leurs voisins. «Ils vivent au jour le jour sans souvent faire valoir leurs droits à des dispositifs qui pourraient les aider, faute notamment d'information suffisante (tarifs sociaux de l'énergie, CMU, RSA, etc.) ou par crainte d'être stigmatisés», lit-on encore dans le rapport.