De la Chine à Barbès, le long parcours des cigarettes de contrebande

REPORTAGE L'augmentation du prix du paquet fait exploser le marché noir...

Gilles Wallon

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Cigarettes et vêtements sont les produits contrefaits les plus achetés sur Internet.
Cigarettes et vêtements sont les produits contrefaits les plus achetés sur Internet. — CHAMUSSY / SIPA

Boulevard Barbès, à Paris, dimanche, 11h. Ils sont une poignée de vendeurs à la sauvette, tous agglutinés sous l’auvent d’un magasin, paquets de Marlboro et de Winston à la main. D’autres attendent les chalands sur les marches du métro. Trois euros le paquet, 25 euros la cartouche, les prix sont partout les mêmes. Et les cigarettes de contrebande dissimulées un peu partout: dans les recoins du métro, les poubelles, dans les cours d’immeuble.

«On n'arrive pas à savoir l'ampleur du phénomène»

La marchandise est venue de loin pour être écoulée dans ce quartier populaire du nord de la capitale. Les cigarettes de contrebande vendues en France viennent d’abord de Chine, «du Sud-Est asiatique, d’Europe centrale et du Moyen-Orient», détaille Gérard Choen, sous-directeur de la lutte contre la fraude à la Direction générale des douanes. Ses services ont saisi l’an dernier 264 tonnes de cigarettes, plus de treize millions de paquets, dont beaucoup ne faisaient que transiter par la France, avant de partir au Royaume-Uni.

Difficile de dire combien de paquets illégaux sont vendus en France chaque année. «On n’arrive pas à savoir l’ampleur du phénomène, éclaire Gérard Choen. On a des chiffres ici ou là, sans vraie base scientifique.» Une étude est prévue pour la fin de l’année.

Seule certitude: le trafic prolifère, et prend des formes élaborées. Les cargaisons passent par les routes commerciales classiques, ports ou voies routières. «Parfois dans des conteneurs tous simples, parfois dissimulées dans des conserves ou des denrées périssables, comme des salades», poursuit le douanier.

«Pour eux, seul le prix compte»

«On voit ça depuis cinq ans. Avant, ça n’arrivait que pour la cocaïne ou le cannabis.» Derrière ces trafics se cachent des organisations criminelles spécialisées dans la contrebande, aux moyens logistiques et financiers importants. Les profits sont à l’avenant: un conteneur représente 8 tonnes de cigarettes, soit 400.000 paquets, ou deux millions d’euros.

Le bénéfice varie de 50 centimes à un euro par  paquet. En France, la marchandise est soit vendue «de façon communautaire», dans les quartiers populaires, soit écoulée à la sauvette. Les clients des revendeurs «ne se préoccupent pas du tout des conditions sanitaires. «Pour eux, seul le prix compte», estime Gérard Choen. Ce n’est pas le cas des vendeurs à la sauvette, qui «ne fument même pas leurs cigarettes tellement elles sont mauvaises», selon un buraliste de Barbès.

Sur le Web aussi

C’est le meilleur filon des trafiquants ces dernières années: les ventes de cigarettes par Internet. Pour les consommateurs, elles représentent l’assurance, parfois faussée, de fumer du tabac de meilleure qualité que les paquets vendus à la sauvette. Tout en étant livré à domicile. Pour les revendeurs, c’est un moyen plus rapide et plus simple d’écouler la marchandise. «Nos saisies de cartouches par voie postale ont explosé, avoue Gérard Choen. On y est de plus en plus confrontés.» Un système de cyberdouane qui «patrouille» sur la Toile a donc été créé pour faire face à ces nouveaux transits.